Annonces

Annonces

Quand l’amour rend aveugle

On les appelle « les fausses romances » ou « romance-scams » et elles sont malheureusement courantes. Les deux tiers des victimes environ sont des femmes âgées pour la plupart de plus de 45 ans. La Bellerine, Catherine*, est tombée dans le panneau et elle y a laissé des plumes. En un mois, elle a vécu une idylle à distance avec un homme qui s’est créé un faux profil sur internet, lui a donné près de 25’000 euros avant de finalement couper court à cette « relation » et de déposer plainte.

 

 

Quelques mois après les faits, Catherine a décidé de partager sa triste mésaventure afin de mettre en garde les potentielles futures victimes. Il en faut du courage pour en parler, d’ailleurs seulement quelques-uns de ses proches sont au courant. Cette mère de deux enfants – qui ne savent rien de cette histoire – divorcée et célibataire depuis sept ans, ne cherchait pourtant pas spécialement l’amour. Mais un jour, elle a eu le malheur de répondre à un simple SMS sur « whatsapp ».

 

Une erreur de destinataire
C’est ainsi que l’arnaque débute. Un simple SMS reçu par Catherine, mais destiné à un certain François. « J’ai un cousin qui porte ce prénom. J’ai alors pensé que, peut-être, ce message lui était destiné. J’ai donc précisé à la personne qui m’avait écrit que je n’étais pas le bon destinataire. L’inconnu me répond que « le hasard fait bien les choses » et me propose de faire connaissance. Je trouvais ça rigolo, j’ai donc accepté. Au départ, alors occupée par un déménagement, je ne lui écrivais qu’un ou deux messages par jour. Nos échanges se sont ensuite intensifiés », confie Catherine.

 

L’inconnu se présente, lui envoie une multitude de photos et de nombreux renseignements le concernant. Bien entendu, il s’agit d’un faux profil. Il se fait appeler Christian Mercier et dit habiter le Havre en France. Fils unique, divorcé, il aurait perdu son père il y a plusieurs années et sa mère plus récemment. Catherine se renseigne et, en cherchant sur internet, trouve effectivement un certain Christian Mercier qui vit au Havre.

 

Le début d’une histoire d’amour
Très rapidement, ce Christian Mercier révèle son amour à Catherine qui ne prend pas vraiment au sérieux cette histoire. Mais il va rapidement lui reprocher ce comportement. Il va ensuite mettre le doigt sur un sujet important pour sa victime : la religion. « Je ne sais pas comment il a su, car je ne lui en ai jamais parlé. Est-ce qu’il s’est introduit dans mon ordinateur ou téléphone ? Quoi qu’il en soit, il m’a expliqué qu’il était croyant et pratiquant et qu’il voyageait toujours avec sa Bible. Il m’a demandé si j’allais à l’église le dimanche et me disait quels versets il préférait. C’est à ce moment que je suis tombée dans le panneau. J’ai cru que c’était un signe, que Dieu m’avait envoyé quelqu’un », précise Catherine.

 

L’arnaqueur a ainsi retourné la tête de sa victime qui tombe littéralement amoureuse de lui. Ils s’échangent des kilomètres de messages chaque jour. Il la demande même en mariage et elle accepte. « J’étais sur un petit nuage, il me disait qu’il allait venir s’installer en Suisse et je le croyais. » Le piège tendu, il met les bouchées doubles pour soutirer un maximum d’argent à Catherine.

 

La descente aux enfers
Environ trois semaines après le premier SMS, ce soi-disant Christian Mercier lui demande une aide financière. « Il a monté une histoire concernant l’héritage – plusieurs millions – de sa mère qu’il devait aller récupérer au Brésil. Pour mettre en route la procédure, il devait avancer de l’argent. L’histoire, bien que compliquée, semblait tenir debout. J’ai donc effectué un premier versement. Mais quelques jours plus tard, il me demandait beaucoup plus. Pour arriver à ses fins, il m’a rapidement fait du chantage affectif en m’attaquant sur ma religion. Au total, je lui ai versé près de 25’000 euros », s’exclame Catherine.

 

L’arnaqueur ne s’arrête pas et poursuit son plan afin de lui soutirer encore plus d’argent. « Un jour, l’une de mes connaissances me met en garde et me demande simplement de faire attention. Le lendemain, Christian me demande 27’500 euros. J’ai demandé des preuves qui ne m’ont pas convaincue. J’ai donc refusé de payer. Il m’a alors harcelée de messages. Le lendemain, je me suis confiée à l’un de mes amis qui a eu la gentillesse de m’écouter sans me juger. Il m’a également mise en garde. Mais je me sentais coupable de ne pas aider Christian. Le jour suivant, un samedi, il m’a demandé beaucoup moins et j’ai craqué. J’ai fait un versement que j’ai finalement annulé le dimanche.

 

Une conclusion douloureuse
Finalement, un mois après leur premier échange, Catherine décide de cesser cette « relation ». « Malgré ses nombreux messages, j’ai décidé de ne plus répondre et de le bloquer. Mais je me sentais menacée psychologiquement. J’ai donc contacté la police qui m’a conseillé de déposer une plainte, ce que j’ai fait. C’était très difficile d’en parler, je me sentais honteuse. Pourtant je suis intelligente, pragmatique et alerte. Les quelques proches à qui j’en ai parlé sont choqués de savoir que j’ai pu tomber dans ce piège. Moi-même j’ai du mal à réaliser. J’ai ensuite vécu un véritable chagrin d’amour. Je ressentais un manque incroyable bien que ce n’était que virtuel, qui plus est avec un faux profil », révèle Catherine avant d’ajouter : « D’après la police, ils agissent en groupe depuis des cybercafés. J’ai donc échangé des messages avec différentes personnes ! Il est d’ailleurs vrai que certains textes étaient correctement écrits tandis que d’autres comportaient beaucoup de fautes d’orthographe. »

 

Aujourd’hui, Catherine se remet gentiment de cette arnaque et souhaite partager son histoire. « Ça me fait du bien d’en parler. Je souhaite pouvoir faire quelque chose de cette douloureuse expérience. En un mois, j’ai perdu 7 kilos et 25’000 euros », dit-elle sur le ton de la plaisanterie car, « il vaut mieux en rire. » Un conseil à donner ? « Ce sont des professionnels, ils savent ce qu’ils font. Alors ne laissez jamais la porte entrouverte. Étant tombée dans le panneau, je fais maintenant partie d’un réseau. J’ai été recontactée plusieurs fois par d’autres personnes. Ils m’ont dans le collimateur. Finalement, cela ne m’a pas détruite au point de ne plus faire confiance aux hommes. J’ai pris conscience de ma force. Je peux tomber, mais je me relève », conclut Catherine.

 

Le mot de la brigade en charge de la cybercriminalité
La police cantonale vaudoise est régulièrement sollicitée pour des plaintes concernant des « romances-scams ». « 67 plaintes ont été enregistrées en 2020 avec une tendance en augmentation en 2021. Il s’agit toutefois d’un phénomène pour lequel il existe probablement un chiffre noir important. Les raisons qui peuvent pousser les victimes à renoncer à signaler les cas à la police sont multiples : sentiment de honte, volonté de ne pas en parler pour ne pas être jugé, espérer encore et toujours que la personne existe, etc. », indique la brigade en charge de la cybercriminalité au sein de la Police de sûreté vaudoise avant d’ajouter : « Ces plaintes représentent le 3% des cas cyber. Toutefois, le préjudice pécuniaire réalisé dans le cadre de ces escroqueries (soit plusieurs millions) s’élève à près de 30% du préjudice total en lien avec la cybercriminalité. »

 

Les patterns sont souvent les mêmes : « physiquement bel homme âgé entre 45 à 55 ans, divorcé, célibataire ou veuf, homme d’affaire voyagent énormément, ancien militaire à la retraite ou travaillant sur une plateforme pétrolière. Les images envoyées sont quant à elles toujours accrocheuses : présence d’animaux, d’enfants, beaux paysages, belles voitures ou beaux voyages, etc. Ces dernières sont souvent reprises de profils de personnes présentes et très actives sur les réseaux sociaux. Dans la majorité des cas, il est très rare que de réelles conversations téléphoniques se produisent ; l’auteur trouve des excuses pour maintenir un contact par écrit uniquement. Au final, il faut comprendre que la victime écrit à son auteur avant de se coucher, en se levant et dans la journée. Il devient ainsi le moteur et la motivation dans la vie des victimes, souffrant déjà de solitude, prenant ainsi une place de plus en plus importante dans leur quotidien. Quant à la question de savoir qui se trouve derrière ces faux profils : il s’agit le plus souvent de personnes localisées en Afrique subsaharienne, notamment en Côte d’Ivoire, Bénin et Nigéria. »

 

La brigade en charge de la cybercriminalité au sein de la Police de sûreté vaudoise donne quelques conseils pour éviter ces escroqueries.


– Si vous vous reconnaissez dans les exemples cités dans cet article, alors vous êtes victime.- Ne versez pas d’argent à une personne que vous n’avez jamais rencontrée physiquement. Le sentiment amoureux est parfois tellement fort que vous avez l’impression de connaître par cœur une personne que vous ne connaissez qu’en ligne. Prenez du recul et vérifiez la vraisemblance des informations communiquées par votre interlocuteur.
– Si vous êtes victime d’une telle escroquerie, cessez au plus vite tout versement et tout contact avec l’escroc. Conservez toutes les informations en lien avec l’arnaque (conversations, récépissés de versement, etc.) et venez déposer une plainte pénale.
– Ne vous sentez pas honteux ou gêné de vous être fait avoir. Parlez-en à vos proches et informez la police. La police n’est pas là pour vous juger, mais pour vous aider.
– Si vous constatez qu’un proche est pris dans une telle « relation », discutez-en pour lui faire comprendre qu’il s’agit d’une escroquerie. Ne la jugez pas et ne la rejetez pas, elle a besoin de votre soutien. Un tel soutien sert aussi de protection face à une seconde vague d’escroqueries.

 

*prénom d’emprunt

Partagez l'article
Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Thêmes

Article écrit par

Zoé Gallarotti

Zoé Gallarotti

Rédactrice en chef

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Dans la même catégorie

Point Chablais
Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn