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Chapelles d’un temps oublié

Aujourd’hui disparus, transformés, parfois décrépis, les lieux de cultes de l’Eglise libre, dissidente de l’officielle Eglise nationale, restent des témoins essentiels d’une page d’histoire. Bex et Aigle, deux exemples dans notre région.

 

La chapelle Nagelin à Bex
La chapelle Nagelin à Bex

 

La chapelle de Bex, située dans le giratoire actuel de la colonne, offre encore tous les attributs d’un culte chrétien. Même ou parce que décrépie, elle distille un charme certain. Le bâtiment d’Aigle, exceptés son oculus – fenêtre ronde – et sa croix de pierre, n’évoque que peu une origine spirituelle. Il abrite aujourd’hui le « Clin d’œil », un centre pour la jeunesse.

 

Remontons le temps

L’histoire de l’Eglise libre est, elle aussi, partiellement ou totalement oubliée. Né au XIXe siècle, ce courant rompait avec la très étatique Eglise réformée vaudoise, dite nationale. Ses adeptes ont dû batailler pour avoir le droit de se réunir et obtenir celui de construire des lieux de culte. Pour comprendre pourquoi, en plus des temples, beaucoup de villages et de villes du canton abritent ces anciennes chapelles plus modestes que leurs grandes sœurs officielles, il faut remonter au XIXe siècle. L’Europe et par conséquent la Suisse sont chrétiennes, soit protestantes, soit catholiques. La religion fait partie de l’existence de chacun. Le dimanche et parfois d’autres jours sont consacrés au culte ou à la messe. Personne ou presque n’y déroge, sous peine d’être mal considéré. Dans le canton de Vaud, bien que l’obtention de la liberté de culte ait été acquise lors de la Révolution vaudoise de 1798, l’Etat exerce un contrôle serré sur la spiritualité des citoyens.

 

Au début du siècle, le mouvement du « Réveil » qui prône un retour aux sources de la Bible va rompre cette « dictature ». Les adeptes de ce mouvement sont toutefois peu appréciés de la plus grande partie de la population et appelés « mômiers ». Une loi interdit alors les réunions religieuses hors de l’Eglise officielle. Certains croyants, pris en flagrant délit de prière en commun (sic), sont traduits en justice. Dès 1830, les libéraux demandent la liberté du culte. En 1845, certains pasteurs refusent carrément la mainmise de l’Etat sur les croyants. Cent soixante d’entre eux démissionnent pour dénoncer l’ingérence de l’Etat dans la foi et la violence populaire contre les mômiers.

 

Le schisme est consommé en 1847 et marque la naissance de l’Eglise libre. Ses adeptes se réunissent dans des lieux privés. Il faut attendre le rétablissement de la liberté de culte en 1861 pour que les « libristes » puissent construire officiellement leur église, ce qu’ils font dans de nombreuses localités. Les tensions s’apaisant, en 1966, l’Eglise libre rejoint les rangs de l’Eglise cantonale, les chapelles font alors double emploi. Les lieux de culte hérités de ce soubresaut de l’histoire ont été vendus, transformés ou laissés un peu ou beaucoup à l’abandon.

 

La chapelle de Bex

Dite Nagelin, cette chapelle tire son petit nom de la rue adjacente, probablement ainsi nommée en mémoire d’Hans Franz Nägeli. Ce Bernois, parti d’Aigle en 1536, a conquis le pays de Vaud cette même année. Elle a été érigée en 1865 sur les plans de Samuel Késer-Doret. Elle a subi une rénovation intérieure importante dans le premier tiers du XXe siècle. Elle occupe une place de choix non loin du temple. Réunir des fonds, trouver un terrain ont été des problèmes pour toutes les communautés libristes. A Bex, les donateurs semblent avoir été généreux. Les responsables ont même pu refuser un premier terrain offert par Madame Louis Veillon et accepter, moyennant tout de même quelques centaines de francs, celui d’Adrienne Sophie Ravy. La situation des chapelles est essentielle. Elles doivent se situer près des habitants que le mouvement libriste tient à évangéliser et à placer ainsi sous son aile.

 

La chapelle d’Aigle

La construction de la chapelle d’Aigle, sise rue du Collège, en 1864 précède celle de Bex d’une année. L’architecte Samuel Késer est aussi aux commandes pour un bâtiment financé par l’Association immobilière de Derrière Bourg. La chapelle avait une voûte peinte au pochoir, disparue ou recouverte depuis. De lourds travaux ont eu lieu pour aménager l’intérieur et en faire le lieu pour la jeunesse que l’on connaît aujourd’hui.

 

La chapelle d’Aigle
La chapelle d’Aigle

 

Les deux chapelles ont été construites en style néo-gothique. Un gothique, comme son nom l’indique, revu et corrigé mais très en vogue auprès des mouvements qui veulent renouer avec le christianisme qu’ils pensent pur. Toutes deux ont notamment une porte axiale surmontée d’un oculus, des décorations et des intérieurs sobres et modestes.

 

En 1966, avec la fusion, les lieux de culte de ces communautés sont vendus, transformés ou donnés. C’est le cas de la chapelle d’Aigle, léguée à la paroisse protestante, toujours propriétaire. Celle-ci a cédé un droit à l’Association pour la jeunesse aiglonne qui court jusqu’en 2047. La chapelle de Bex a, quant à elle, été donnée à la commune. Une nouvelle affectation culturelle est prévue dans un proche avenir.

Informations

Sources :
Bibliographie : Dave Lüthi, Les chapelles de l’Eglise libre vaudoise, Bibliothèque historique vaudoise, Lausanne, 2000.

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Article écrit par

Myriam Berney

Myriam Berney

Journaliste

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