Les Jeux Olympiques de la Jeunesse d’hiver (JOJ) se sont déroulés en Suisse et en France du 9 au 22 janvier dernier. Un événement incroyable, mais surtout unique, durant lequel trois athlètes chablaisiens ont porté haut les couleurs de leur région.

 

Les JOJ en chiffres

Pour cette troisième édition des JOJ d’hiver, c’est Lausanne, connue comme la « Capitale Olympique », qui a été désignée comme ville organisatrice. Elle est l’hôte du Mouvement Olympique depuis plus de 100 ans. Aujourd’hui, plus de 50 organisations sportives internationales sont établies dans cette région. Une telle concentration fait que le sport et les valeurs positives qu’il véhicule sont devenus une partie intégrante de l’ADN de la Suisse.

Lausanne 2020 a donc fait briller la jeunesse olympique des quatre coins du monde durant deux semaines exceptionnelles. Au total, 1 872 jeunes athlètes, âgés de 15 à 18 ans et originaires de 79 pays, ont participé à 81 épreuves dans 8 sports et 16 disciplines, sur 8 sites de compétition dans les cantons de Vaud (Lausanne, La Vallée de Joux, Leysin, Les Diablerets, Villars), du Valais (Champéry), des Grisons (St. Moritz) et en France voisine (Les Rousses, stade des Tuffes). Pour la première fois dans une compétition des Jeux olympiques d'hiver, il y avait un nombre égal d'hommes et de femmes.

Ces quelques chiffres donnent le tournis tellement ils sont impressionnants et, même si le public s’est montré plus timide que lors de compétitions pour adultes, quelque 350'000 personnes ont assisté aux Jeux. Les compétitions organisées à la Vaudoise aréna (hockey) ou à la patinoire de Malley (short track et patinage artistique) ont rencontré un vif succès ; tout comme les festivals « En Jeux ! », organisés sur les sites. À Lausanne, par exemple, plus de 200 000 visiteurs ont assisté aux spectacles ou participé aux manifestations « Lausanne en Jeux ! » Lausanne 2020 bat ainsi plusieurs records, que ce soit au niveau du nombre de spectateurs sur les sites ou en regardant les retransmissions à la télé, mais aussi l’audience sur les plateformes numériques qui ont enregistré une moyenne de 220'000 visiteurs uniques chaque jour. Une excellente organisation en est la raison.

En somme, tout a été très bien pensé. Relevons ainsi l’accueil exceptionnel qu’ont reçu les athlètes, les spectateurs et même les médias. Attribuons également un bon point concernant les renseignements transmis, tout comme la promotion des Jeux via les réseaux sociaux, la télévision et les nombreux reportages réalisés. Il faut l’avouer, si la cérémonie d’ouverture était émouvante, celle de clôture l’était encore plus. Les sentiments ressentis se bousculaient, car c’est une page qui se tourne. Plus qu’une page, un véritable chapitre des JOJ. Le fait de pouvoir assister à un événement d’une telle envergure est unique et ne se reproduira sans doute plus jamais dans notre région ou même dans notre pays. Bravo aux organisateurs, mais aussi et surtout aux plus de 3500 bénévoles, plus communément appelés les artisans des Jeux.

 

Retour sur le parcours des trois Chablaisiens

La délégation suisse, forte de 112 athlètes âgés entre 14 et 18 ans compte dans ses rangs 25 romands dont 3 Chablaisiens : Thibe Deseyn (Leysin – ski alpinisme), Thibault Métraux (Leysin – short track) et Fantin Ciompi (Ollon – ski freestyle). Retour sur leur parcours à l’occasion de ces troisièmes JOJ d’hiver.

Thibe Deseyn :

À 16 ans, Thibe Deseyn a été désignée « Rookie de l'année 2019 » en Suisse, grâce à ses brillants résultats en ski-alpinisme. Aux JOJ, elle a ouvert le bal en s’élançant sur les pistes de Bretaye lors du premier jour des compétitions à l’occasion d’une course individuelle. « Je savais que c’était possible de décrocher une médaille », confie-t-elle. L’athlète partait avec un léger avantage : « Je me suis beaucoup entraînée dans cette région. Je suis régulièrement montée au Chamossaire, donc je connaissais une partie du parcours. » Thibe Deseyn a tout donné durant cette première course, elle a ainsi navigué dans le peloton de tête tout du long, juste derrière sa compatriote, Caroline Ulrich. Les deux Suissesses sont finalement montées sur les premières marches du podium (médaille d’argent pour Thibe Deseyn). À l’arrivée, elles étaient bras dessus, bras dessous, affichant bien évidemment un large sourire. « J’ai aimé cette course car il y avait beaucoup de monde. Le fait de courir à domicile était un stress supplémentaire, notamment en présence de ma famille, mes amis de la délégation suisse et des nombreux médias qui couvraient l’événement. Habituellement, les descentes se font hors-piste. Pour le coup elles étaient tracées et il y avait des portes pour nous ralentir. C’était assez gênant, mais malgré tout avantageux pour moi qui ne suis pas la plus rapide en descente. » Cette journée s’est terminée en beauté avec la course des hommes également remportées par deux Suisses : les frères Bussard (Fribourg). Thibe Deseyn a ensuite participé au sprint. « Ce n’est pas ma spécialité, mais j’ai fait une bonne course ; je suis contente d’avoir atteint les demi-finales. » Elle s’est classée 8e. Elle a ensuite conclu les JOJ en beauté avec une victoire lors du relais mixte avec Caroline Ulrich et les frères Bussard. « Après notre défaite lors du sprint, nous voulions montrer nos capacités. »

Thibe Deseyn est une sportive de longue date. Elle a débuté par la course à pied et l’athlétisme. Deux disciplines qu’elle a exercées dès son plus jeune âge. À 13 ans, elle s’est dirigée vers le ski alpinisme. « En hiver, à Leysin, on ne peut pas trop courir, du coup, le ski alpinisme était une bonne alternative. Et quand il fait beau et qu’il y a de la poudre, c’est génial. » Actuellement, elle jongle entre ses études - en économie et droit - et le sport : elle s’entraine une dizaine d’heures par semaine. Mais avoir un tel niveau ça a un prix. « Le matériel coûte cher, surtout en haut niveau, car il doit être le plus léger possible. Il arrive aussi parfois que l’on casse une pièce. »

Après de magnifiques résultats lors des JOJ, Thibe Deseyn espère continuer sur sa lancée. Elle entame sa dernière saison chez les cadettes. « Je souhaite faire de bons résultats, notamment à l’occasion des championnats d’Europe qui auront lieu à la fin du mois de mars. À plus long terme, je vise la coupe du monde en 2021. »

Thibe Deseyn durant la course individuelle Elle n’a pas perdu de temps durant la montée, malgré la difficulté

À l’arrivée, elle est accueillie par sa collègue Caroline Ulrich Médaille d’or et d’argent pour les deux Suissesses

Thibault Métraux :

Il est âgé de 18 ans, il nous vient de Leysin et, avec sa compatriote Alexia Turunen, il a contribué à faire connaître une discipline peu connue en Suisse : le short track. Il s’agit de courses de vitesse sur glace. Sur le papier cela peut paraître simple, mais il en est tout autre. Cette discipline hautement technique a d’ailleurs été fortement appréciée durant les JOJ. Pour commencer, il est bon de noter qu’aucun Suisse n’avait participé à des Jeux Olympiques dans ce sport. Thibault Métraux a donc représenté le territoire helvète à l’occasion de deux courses : le 500 et le 1000 mètres. Son objectif : faire un top 16 au classement général pour participer à la course relais le 3e jour des compétitions. Malheureusement, le Suisse n’a pas passé les phases qualificatives. Il s’est respectivement classé 23e et 25e. « Je m’attendais à un fort niveau. Ces jeux ont accueilli la crème des athlètes de cette discipline », explique-t-il avant d’ajouter : « Je ne vais pas arrêter pour autant. Je vise d’ailleurs une participation aux JO de Cortina en 2026. Je suis simplement un peu déçu de mon résultat sur le 1000 mètres, une distance que j’affectionne. Mais je suis très heureux d’y avoir participé. Ma coach m’a remonté le moral en me disant que je n’ai pas seulement participé, mais concouru. » Une expérience unique pour Thibault Métraux qui a reçu l’ovation du public à son entrée sur la glace. « J’avais les jambes qui tremblaient encore au moment du départ. Ça m’a marqué. C’était une expérience incroyable tant au niveau sportif que social. »

Thibault Métraux, a grandi avec des patins à glace aux pieds. À l’âge de 6 ans, il a intégré une équipe de hockey. « Après plusieurs années à pratiquer ce sport, ma motivation a baissé. » Il y a 4 ans, le club des patineurs de Lausanne a mis sur pied une sélection pour les JOJ. « Je ne connaissais pas vraiment le short track que j’avais vu uniquement à la télévision. J’ai donc participé à une séance d’initiation à Leysin et j’ai tout de suite accroché. Ce qui me plaît le plus c’est la proximité avec la glace dans les virages ; une sensation particulière. Mais également la bataille lorsqu’on est en peloton. D’ailleurs, cette discipline a surtout un sens en compétition. On ne peut pas être champion du monde des entraînements », plaisante-t-il avant d’ajouter : « Il faut beaucoup de motivation et de la patience. Maîtriser le short track demande du travail tant au niveau technique que physique. »

Celui que l’on surnomme Pepito, « un pseudonyme donné par mon ancien coach, mais je n’en connais pas vraiment la raison, sans doute qu’il voyait en moi une pépite », est actuellement en sport étude. Il étudie les arts visuels en 2e année de maturité au gymnase de Beaulieu. « Quand j’ai appris que j’étais qualifié, je suivais un cours de géographie. Je n’ai pas pu sauter sur la table comme je l’aurais voulu. Je ne m’étais pas lancé dans le short track en vue des JOJ. Mais cette qualification était pour moi le susucre après 4 ans de travail. Le fait d’être le premier Suisse qualifié pour des Jeux Olympiques c’est impressionnant. On se dit qu’on lance peut-être quelque chose. » Quant à l’impopularité de cette discipline, Thibault Métraux l’explique ainsi : « Depuis longtemps, le hockey et le patinage artistique dominent les sports de glace. Le short track ne fait pas partie de la culture suisse, contrairement en Hollande où c’est l’un des sports nationaux. Les JOJ ont permis une bonne visibilité du short track. J’espère que ça va se pratiquer de plus en plus. »

Thibault Métraux concentré avant le départ du 1000 mètres Position de départ

Lancé à pleine vitesse sur la glace Les dépassements sont compliqués au short track

Fantin Ciompi :

Ce jeune intrépide âgé de 17 ans nous vient d’Ollon et la hauteur ne lui fait pas peur. Aussi à l’aise sur des skis qu’à pied, Fantin Ciompi a dompté le « park & pipe » de Leysin à l’occasion des JOJ. L’athlète a littéralement été tributaire du temps. En effet, sa première compétition - le slopestyle, une piste de descente aménagée afin d’y effectuer des figures acrobatiques - a été reportée à cause du vent. Le lendemain, il a pu finalement prendre son envol sur le parcours et atteindre la 6e place. « Je suis à moitié content de ce résultat. Une erreur m’a coûté la place sur le podium. » Le jour suivant, Fantin Ciompi aurait dû participer à la compétition d’halfpipe. « Ce n’est pas ma discipline préférée et n’étant pas vraiment en forme, j’ai préféré prendre un jour de repos avant d’affronter le big air. C’est ainsi que l’athlète d’Ollon s’est retrouvé au départ du Big Air (grand saut) en ce dernier jour des JOJ. « Ma discipline phare étant de slopestyle, je n’ai pas eu les bons entraînements pour le big air. Je n’étais pas serein. J’ai essayé quelque chose de difficile. Mais la réception était gelée, donc dur, ce qui n’était pas l’idéal pour la figure tentée. » Fantin Ciompi s’est donc classé à la 23e place. « Je ne m’étais pas vraiment fixé d’objectif pour ces Jeux, afin de ne pas être déçu. Je suis tout simplement ravi d’y avoir participé. »

Le ski freestyle c’est une affaire de famille pour Fantin Ciompi. « Mon papa a pratiqué ce sport durant une quinzaine d’années. Avec mon frère, nous avons grandi en regardant ses nombreuses vidéos », se souvient-il. L’athlète a réalisé ses premières figures depuis le trampoline familial, mais il a également connu l’acrobatie dans une école de cirque. « À l’âge de 11 ans, j’ai rejoint l’équipe de ski romand. Ce qui me plaît le plus dans cette discipline, c’est l’esprit général entre les concurrents. On est tous potes et on s’encourage. J’aime aussi cette sensation de voler et le plaisir que l’on ressent lorsqu’on réussi un run. » Sa qualification aux JOJ n’était pas une surprise. « Dans l’équipe suisse, nous n’étions que deux à avoir l’âge requis pour y participer. » Une belle opportunité pour Fantin Ciompi qui a joué à domicile. « C’est à Leysin que j’ai débuté le ski. C’était une bonne expérience de participer à un tel événement notamment avec la présence de ma famille, mes amis et mes sponsors. J’ai également apprécié de côtoyer les athlètes au Vortex. La plupart je les connaissais déjà pour les avoir rencontré dans d’autres coupes ou championnats. Je savais donc à l’avance que le niveau serait élevé. Mais c’est toujours impressionnant à voir. »

Actuellement en sport-étude dans une école de commerce à Eggenberg, Fantin Ciompi souhaite se faire une place parmi les meilleurs compétiteurs suisses. Il est bien parti pour y arriver : après les JOJ, il s’est classé 2e en coupe d’Europe slopestyle. Un avenir prometteur se dessine pour cet athlète prêt à en découdre.

Fantin Ciompi Il s’envole littéralement lors de la compétition de slopestyle

Le coeur bien accroché Le Suisse décroche finalement la 6e place

Conclusion

Voilà qui clôt un moment important dans la vie de ces trois athlètes chablaisiens qui nous ont fait rêver durant ces JOJ. Une expérience unique pour eux comme pour nous. Une très bonne ambiance a régné tout au long de ces deux semaines, que ce soit du côté des athlètes, des spectateurs et même des médias. À ce propos, nous en profitons pour remercier chaleureusement le jeune photographe, Dimitri Baer, pour son travail extraordinaire et le partage des photos de Fantin Ciompi que nous nous faisons une joie de publier. Vous pouvez retrouver son travail sur Instagram : dimitri_baer.

En plein coeur des pistes à Leysin Compétition féminine de big air

La Suisse au hockey sur glace Compétition masculine de halfpipe

Paysage de Bretaye Les supporters suisses à Bretaye

 

Photo : B. Gallarotti – Z. Gallarotti et Dimitri Baer