Continuons notre randonnée instructive quant à l’histoire de ces petits greffons bellerins. Nous allons nous intéresser aux hameaux de l’Avançon de Solalex: le Chêne, Fenalet, les Posses, Solalex et Anzeindaz, sans oublier l’alpage de Bovonne (Bovonnaz). Hormis une vie agricultrice et vinicole, il est à relever la beauté de ces lieux captivants.

Commençons notre épopée par le Chêne
Ce petit hameau de 93 habitants était, par le passé, un élément intermédiaire pour les agriculteurs de l’époque. En effet, vivant en plaine, ils venaient y planter leurs vignes, les terres du Chêne étant propices à ce genre de culture. Dans l’attente du mûrissement des raisins, ils emmenaient leur bétail dans les hauteurs pour pacager. Ils bougeaient en fonction de la qualité herbeuse des pâturages, toujours plus haut afin de fournir une verdure bien épaisse à leurs bêtes. Lorsque le froid arrivait, ils redescendaient sur la plaine en faisant une halte au Chêne afin de vendanger. C’est ainsi qu’on trouve encore plusieurs pressoirs, dans ce petit bourg, qui rappellent un savoir-faire séculaire. C’est dans ce petit hameau, en dessus des Mines de sel, qu’on trouve une des plus belles et des plus importantes propriétés viticoles: le Domaine du Chêne. Leurs vins de qualité sont issus de plus de douze hectares de vignes, situées entre 500 et 735 mètre d’altitude. A même des pentes abruptes, elles se gorgent de soleil et d’amour. Dominant la plaine du Rhône, face à la chaîne des Dents-du-Midi, elles nous offrent une vue incroyable de beauté…

 

Arrive en harmonie, Fenalet
Ce charmant petit hameau, via la route de Gryon, se situe au-dessus du vignoble de Bex, il compte 103 âmes. Triste constatation que de voir qu’il n’y a plus d’école à Fenalet. En effet, en 1970 il a été décidé, et ce dans un désir de regroupement scolaire, que les enfants de ce hameau iraient en classe à Bex. Dommage, car qu’y a-t-il de plus précieux que la rencontre de mamans entre elles, venant déposer leur progéniture à l’école et refaisant le monde dans un babillage pimpant de commérages emplis de vérité? Antan à Fenalet, on était agriculteurs ou miniers. Dans ces familles, lors du décès des parents, c’est l’aîné qui héritait de tous les biens. Ensuite, trois solutions se présentaient, la première: les autres frères et sœurs devenaient les servants de l’aîné, la deuxième: les frères partaient faire leur service militaire à l’étranger tandis que les sœurs restaient servantes de leur aîné, et la troisième: les frères allaient travailler à la mine de sel tandis que les sœurs restaient, encore et toujours, servantes de leur aîné. Si d’aventure l’aîné de la fratrie décédait à son tour, c’est le deuxième en âge qui reprenait la succession ainsi que la femme de son défunt frère. Quelle organisation en ce temps-là!

 

Et maintenant les Posses

Les Posses    hameaux 2
Véritable havre de paix de 166 habitants, via la route de Gryon, avec vue imprenable sur les Dents-du-Midi et le Grand-Muveran. Son emplacement assure calme et tranquillité pour ceux qui désirent y passer un séjour reposant. En belle saison, de merveilleuses randonnées pédestres sont à faire, un ressourcement assuré au-milieu d’une faune et flore à couper le souffle. A l’entrée des Posses, on tombe sur l’un des derniers greniers vaudois construit en 1692. Bâti en bois, on dirait, à s’y méprendre, un petit chalet. Son toit en pente permet de laisser s’écouler l’eau de pluie afin de lutter contre l’humidité. Le petit village des Posses possède deux greniers typiques, un de 1692 et l’autre de 1666. Ils ont, tous deux, été conçus avec un rez-de-chaussée en pierre et un premier étage en bois bruni. Celui de 1666 abrite de son toit prolongé côté montagne un puits daté de 1714. Depuis l’acquisition de l’eau directement dans les habitations, ce pauvre puits s’est endormi à tout jamais. Sous les Posses, un tunnel ferroviaire, raccordant Bex à Villars, a été créé. Par pur volonté d’économie, les pierres des vestiges du Château Seguin ont été réutilisées pour cette construction. La tour du château, dite de «Seguin», se trouvait au «Chépy», soit au-dessus de la réunion des Avançons d'Anzeindaz et de celle de Nant, au fond de la vallée, à la Peuffeyre. Grâce à elle, il fut possible de riposter contre des envahisseurs venus du col du Pas-de-Cheville. Aujourd’hui, on peut encore voir la voie étroite des rails permettant de faire rouler de petits chariots remplis de pierres. Louis Ruchet se souvient lorsqu’il portait le dîner à son père, il le trouvait exténué après ces heures à pousser ces charriots. Dur labeur car le poids des cailloux frôlait très souvent la tonne. A noter encore que le hameau des Posses a su conserver sa société de tir d’origine et que sa magnifique chapelle, d’environ 55 ans, accueille encore de nombreux mariages.


Bon, et maintenant Anzeindaz
Depuis Solalex, le long de l’Avançon, l’émerveillement vous attend. De tous côtés, la splendeur des sommets offre comme de la magie. D’intenses sensations, à en trembler d’émotion, vous envelopperont et graveront en vous la certitude que quelque part la pureté, la sagesse et la vérité font loi. Dans les années 1900 a été construit le refuge de la Tour d’Anzeindaz. Situé au départ du plateau d’Anzeindaz, l’un des plus grands pâturages de Suisse, le plus grand de Vaud avec sa superficie d’environ 1000 hectares, où des troupeaux de vaches, chèvres, moutons et chevaux, viennent s’y repaître d’un succulent herbage. Tout autour, une flore et une faune riches et variées s’épanouissent dans la pureté de ce lieu. Se laisser aller à baguenauder dans ce paradis presque surnaturel vous assurera d’inoubliables souvenirs. Vaste pâturage, aux pieds des Diablerets, dont l’extrémité est barrée par le Pas-de-Cheville, domine Derborence en Valais. Le Pas-de-Cheville était le poste le plus avancé de l’armée à l’époque du Sonderbund (1847). On trouve à Anzeindaz deux restaurants offrant un service de qualité. Petite anecdote: lorsqu’on redescend d’Anzeindaz, on passe le col des Esserts, ensuite on arrive aux lieux dits de la Vare (la Varaz) pour passer dans un endroit appelé la Bouélaire. Le touriste attentif remarquera quelques pierres gravées. Ces cailloux gravés rappellent qu’antan, un conflit entre des bergers vaudois et valaisans provoquait des batailles de territoire. En effet, les Vaudois accusaient les Valaisans de laisser paître leurs bêtes sur leurs terres. Donc, lors de ces rixes, tous les intervenants criaient à qui mieux mieux donc, en bon patois vaudois, ils bouélaient…

 

Qu’en est-il pour Solalex, le plus féerique de ses congénères!
Sur la route de Villars, à 1462 mètres d’altitude, Solalex est le plus apprécié des lieux d’estivage pour le bétail. Au sommet de ce large vallon, une forêt de mélèzes semble faire frontière avec le pâturage d’Anzeindaz. A l’intérieur d’un cirque de falaises, sous le regard protecteur du glacier des Diablerets et du Miroir-d’Argentine, un refuge accueille les baladeurs en quête de beauté céleste. Le Miroir-d’Argentine est un massif calcaire Vaudois. Cette paroi lisse, le résultat d’un glissement de rochers, donne l’impression d’un méticuleux polissage, un glaçage où l’âme de chacun se réverbère à l’infini. Il toise Anzeindaz à droite du massif bellerin le Lion d’Argentine. A l’ouest, dès que le jour s’évapore pour laisser place au soir, le soleil couchant, de ses derniers rayons, embrase l’endroit d’un merveilleux camaïeu de feu. Pour tous les romantiques ou amoureux de l’amour, ici, ils trouveront la poésie que leur cœur espère. A signaler que deux restaurants vous attendent pour vous offrir le meilleur de leur savoir et vous permettre de vous laisser aller, l’espace d’un instant, dans l’antre d’une féerie presque irréelle… Petite anecdote: «Un jour, M. Ruchonnet, magistrat de son état, surpris par une pluie torrentielle, vint se réfugier dans un chalet de Solalex. La notoriété de celui-ci fit que les vachers présents l’assaillirent de politesse. Le plus petit d’entre eux offrit à notre notable son plus beau costume, celui qu’il mettait pour aller à la fête de la mi-été à Anzeindaz. Ainsi vêtu, notre magistrat ressemblait à s’y m’éprendre à un vacher d’alpage. Les autres, soucieux du bien-être de celui-ci, lui offrirent un bol de crème double d’un exquis moelleux agrémenté d’un gros morceau de sérac de Bovonne sur du bon pain. Tous l’invitèrent à se réchauffer au coin d’un feu de cheminée. Jusqu’à tard dans la nuit, discussion et gaieté rimèrent des heures durant…» C’est ainsi que M. Ruchonnet, dès son retour en plaine, donna à la fête de la mi-été un bon coup de pouce quant à sa popularité.»


Et pour terminer, Bovonne!
Bovonne, situé à 1670 d’altitude, est un hameau de montagne dans les Alpes vaudoises situé au-dessus du Roc-à-l’Aigle dominant Frenières. Au XIXe siècle, 15 chalets dressaient fièrement leur bâtisse tout de bois pourvues. Au fil des ans disparaissaient six d’entre eux. En 1900 plus que neuf à la suite d’une motion d’un conseiller communal. Ils ont été dotés d’une pièce cuisine au rez et d’un dortoir à l’étage. A savoir qu’ils n’avaient ni eau courante ni électricité, hormis un panneau solaire. A signaler aussi qu’en 1980, une belle écurie a été bâtie en ces lieux. Elle permettait d’accueillir 80 têtes de bétail. A l’heure actuelle, les petits chalets sont devenus les résidences secondaires de tous les férus de sensation alpestre, touristes et Bellerins compris. A noter encore que l’alpage de Bovonne comprend une généreuse buvette où des fabrications de fromage (le sérac), de beurre et de crème double vous sont proposées. Pour les passionnés, la traite des vaches s’effectue à 6 h et à 17 h. A ne pas louper…

 

Voilà, le tour de tous les magnifiques hameaux de Bex est terminé. Il n’y a plus qu’à partir, sac au dos, respirer l’air frais et l’enchantement qu’ils offrent à tout un chacun!

 

Photo: B. Gallarotti