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Une leçon de vie sur la résilience

La famille Moret parraine le jeune Zabi Mozafari  

Après un long périple, les migrants doivent trouver leurs marques dans un pays qu’ils ne connaissent pas, dans une langue qu’ils ne parlent pas et avec des coutumes différentes aux leurs. Afin de les soutenir dans cette phase transitoire, il existe l’Action-Parrainages. La rédaction a fait la connaissance de la famille Moret (Bex) qui parraine le jeune Zabi Mozafari (Vevey) ; des liens forts se sont créés à l’occasion de quelques rencontres mensuelles.

 

De G. à d. Samuel, Jules, Valérie, Zabi, Quentin et Christophe
De G. à d. Samuel, Jules, Valérie, Zabi, Quentin et Christophe

 

En 2016, en réponse à la « crise migratoire » un projet a été lancé consistant à mettre en relation des gens vivant ici depuis longtemps avec des familles, des jeunes migrants, des hommes et des femmes en exil. Il s’agit de l’Action-Parrainages. Quelque 700 binômes migrants-suisses ont déjà vu le jour dans le canton de Vaud. Parallèlement, deux petites structures éducatives pour réfugiés mineurs non accompagnés ont récemment ouvert à Aigle et sont gérées par l’EVAM (Etablissement Vaudois d’Accueil des Migrants). Elles accueillent des jeunes réfugiés qui ont entre 15 et 18 ans, arrivés dans la région sans leur famille, restée au pays ou bloquée sur le chemin de l’exil. Un appel est lancé à la population afin de trouver des parrains/marraines pour ces jeunes qui, bien que scolarisés, sont en recherche de nouveaux repères et d’amitiés. La demande est aussi importante de la part de réfugiés adultes.

 

Qu’implique un parrainage ?

Il ne s’agit nullement de loger un migrant ; ces derniers disposent déjà d’un toit. Le but est de créer des liens et de les soutenir dans leur intégration en leur offrant des repères, ceci lors de deux ou trois rencontres par mois : partager un repas, faire découvrir sa région, aider dans les devoirs, offrir de la conversation en français, etc. Familles, couples sans enfants ou personnes seules peuvent devenir parrain. Ces derniers disposent d’un soutien sous forme de rencontres de formation et de moments d’échanges d’expériences organisés dans les différentes régions du canton. Les volontaires peuvent solliciter un coordinateur du projet pour des entretiens individualisés. Il est également bon de préciser que l’action n’est pas définitive et qu’à chaque instant il est possible de se retirer du projet; après six mois de parrainage, un bilan est proposé pour voir si les uns et les autres souhaitent prolonger l’aventure. Dans le but de faire connaître ce programme, une soirée d’information ouverte à tous sera organisée à l’Auditorium de la Planchette à Aigle le 7 février à 20h en collaboration avec le GAR (Groupe d’appui aux réfugiés de Bex) et l’Espace AMIS. A cette occasion, des familles ainsi que des jeunes déjà engagés dans le projet partageront leur expérience. 

 

Témoignage de la famille Moret

Un samedi après-midi, la rédaction a fait la connaissance des Moret, Christophe et Valérie, et leurs trois enfants, Jules (13 ans), Samuel (15 ans) et Quentin (18 ans), ainsi que de Zabi Mozafari (18 ans) que la famille parraine depuis deux ans. « Nous sommes membres passifs du GAR. Par ce biais, nous avons eu vent de l’Action-Parrainages », explique Valérie. Pour les Moret, se lancer dans l’aventure était un élan du cœur ; une manière d’aider ceux qui n’ont pas la chance de vivre dans un pays libre. « Il y a tout d’abord eu un entretien pour définir le cadre et pour nous donner des exemples d’activités à faire, le tout sans se sentir surchargé par la démarche. L’idée était également de recadrer les attentes que nous aurions pu avoir et de nous rassurer quant au fait que si le feeling ne passait pas, nous étions libres d’arrêter ou de tenter l’expérience avec une autre personne. Il nous a aussi été précisé que créer des liens ça prend du temps, qu’il ne faut pas se montrer trop curieux, mais au contraire laisser le temps au jeune de s’ouvrir à son rythme, au fur et à mesure que la confiance s’établit », ajoute Christophe avant de préciser : « La légèreté de la démarche, environ deux rencontres par mois, nous a motivé. C’était l’occasion de découvrir une autre culture et d’apporter un élément nouveau dans le cadre familial ».

 

Vint ensuite la rencontre avec Zabi. « C’était toute une aventure. Nous étions stressés », se souvient Valérie. Mais rapidement, la timidité a laissé place à une belle amitié. « Nous nous retrouvons autour d’activités simples de la vie quotidienne : bowling, mini-golf, ski, cuisine, promenades, etc. », indique Christophe. « Ça lui permet de faire et de voir autre chose que le cadre dans lequel il évolue », ajoute Quentin. Les enfants, qui par ailleurs ont tout de suite adhéré au projet, s’entendent très bien avec Zabi. Ce dernier, après plusieurs mois, a finalement confié à la famille Moret son histoire. « Ça nous a beaucoup touché. Nous imaginions son parcours, mais l’entendre de vive-voix est bien plus bouleversant. C’est toutefois un partage énorme et très enrichissant pour nous tous », relève Valérie qui espère que d’autres personnes rejoindront l’Action-Parrainages.

 

Un récit poignant

Pour apprendre à écrire le français, notamment l’emploi du passé composé, Zabi a couché son histoire sur le papier, dont en voici les grandes lignes.

 

Zabi, d’origine afghane, naît et grandit en Iran, où ses parents sont réfugiés. A l’âge de 10 ans, il commence à travailler dans un atelier de couture dans lequel il enchaîne de longues journées loin de ses proches qu’il ne peut voir qu’un jour par semaine. A l’âge de 14 ans, avec sa famille, il quitte l’Iran et va en Afghanistan, troquant une grande ville pour un petit village. Surviennent de graves conflits. « J’ai alors dû me sauver », écrit-il dans son récit. Il marche durant quinze jours et quinze nuits pour s’éloigner du danger. Il retourne ainsi en Iran. Son objectif : rejoindre l’Europe. Un rêve qui l’emmène sur des sentiers dangereux. S’ensuit un véritable calvaire ; un périple éprouvant tant physiquement que mentalement. En effet, à pied, il traverse la Turquie, la Grèce, l’Albanie, le Monténégro, la Bosnie, la Croatie et la Slovénie. Arrêté et torturé à de multiples reprises, il ne perd pourtant pas espoir. « Mon avenir était en jeu. » Après de nombreuses semaines de peur, de doutes, de douleur, d’horreur, il rejoint enfin l’Italie. « Nous étions tellement heureux de nous retrouver dans un pays libre que nous avons versé des larmes de joie. Ma vie prenait forme. » Pris en charge, nourri et soigné, Zabi rejoint ensuite la France avant de terminer sa folle course en Suisse, au mois de juillet 2021, tout d’abord à Zürich, Boudry (NE), puis Vevey. « Mon triste passé à fait de moi un vrai homme. J’ai appris que tout est possible et qu’il faut travailler dur pour cela. J’ai beaucoup d’aspirations et je ne doute pas qu’un jour je réaliserai tous mes rêves. » 

 

Une nouvelle vie

Aujourd’hui, Zabi vit dans un appartement qu’il partage avec son meilleur ami. Il a rapidement appris à parler le français. « Ceci grâce à la facilité et au courage qu’il a d’aller discuter avec les autres », souligne Valérie. Depuis le mois de septembre dernier, il a débuté une formation de coach sportif. « Après ma formation, je désire entamer des études pour devenir physiothérapeute. En attendant, j’ai un projet », annonce Zabi à ses parrains lors de l’interview : « Je désire organiser gratuitement des sessions sportives à l’extérieur pour les réfugiés ainsi que pour ceux qui n’ont pas le budget de prendre un abonnement dans un fitness. Je proposerai des exercices pour travailler le cardio, pour perdre du poids ou prendre du muscle. Ça permettrait aux réfugiés d’apprendre le français et de créer des liens, tout en me faisant gagner en expérience. » Un projet qui trouve sens pour la famille Moret dans laquelle Zabi semble faire partie intégrante. Il a trouvé sa place. Chaque membre à une histoire, un bon souvenir à partager ou même un souhait, comme pour Christophe : « lui faire aimer la fondue ! » Jules, quant à lui, désire ardemment suivre un stage de coach sportif avec Zabi.

 

Difficile d’imaginer le parcours de Zabi lorsque nous bavardons avec lui. Il garde le sourire et, en l’observant, son avenir semble tout tracé. Il représente un message puissant, celui de la résilience. Avec lui, tout semble possible. Nul doute qu’il réalisera tous ses rêves ; c’est tout du moins le minimum que nous lui souhaitons !

Informations

Soirée d’information :
7 février - 20h
Auditorium de la Planchette
Planchette 18, 1860 Aigle

www.action-parrainages.ch
vaud@action-parrainages.ch
079 791 60 10

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Article écrit par

Zoé Gallarotti

Zoé Gallarotti

Rédactrice en chef

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