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Fête nationale : le revers de la médaille pour les animaux

Si le 1er août est un jour de fête pour le pays, il est aussi synonyme de grand stress pour tous les animaux. Chiens, chats, NAC (nouveaux animaux de compagnie), chevaux, bétail ou faune sauvage subissent les effets des lumières et surtout du bruit. Comment accompagner nos amis les bêtes durant cette période ? Peut-on apprendre aux chiens à mieux gérer la peur des détonations ? Et où en est l’initiative qui souhaite limiter les feux d’artifice en Suisse ? Réponses dans cet article.

 

 

Aujourd’hui, toutes les occasions sont bonnes pour faire sauter des pétards, des fusées, des feux d’artifice et autres engins pyrotechniques. Mariage, anniversaire, Nouvel-An, fête nationale… Et il ne s’agit plus de concentrer les explosions sur un seul jour. À l’approche du 1er août, les détonations commencent souvent plusieurs jours à l’avance et se poursuivent bien après les célébrations officielles.

 

Le bonheur des uns fait le malheur des autres

Si certains ont des nerfs d’acier, beaucoup d’autres vivent un vrai cauchemar. « Les animaux possèdent une ouïe bien plus développée que celle des humains, parfois jusqu’à cent fois plus sensible selon les espèces », indique Kate Amiguet de la Fondation MART (Mouvement pour les Animaux & le Respect de la Terre) avant d’ajouter : « Les conséquences sont nombreuses. Les oiseaux peuvent entrer en collision avec des débris de pétards, les oisillons tomber du nid, les jeunes être séparés de leurs parents dans la panique, tandis que la faune sauvage comme les animaux domestiques risquent d’être percutés sur les routes durant leur fuite. Le bétail peut même aller jusqu’à casser une clôture et se blesser, sans oublier les risques d’incendie. » 

 

Pour la fondatrice de MART, une réglementation devrait interdire totalement les engins pyrotechniques. « Mais si au moins on arrivait à canaliser cela sur une seule journée, ce serait déjà un pas en avant. Il faudrait aussi porter une attention particulière aux lieux depuis lesquels les feux d’artifice sont tirés. Celui sur le Lac Léman est beaucoup trop proche de la réserve naturelle des Grangettes. » Elle conclut avec une question pertinente : « Les véhicules bruyants sont amendés, pourquoi n’en est-il pas de même pour les pétards ? »

 

Sécuriser et apaiser

Un stress intense déclenche une importante décharge hormonale pouvant entraîner de graves conséquences sur la santé. Pour Kim Roberts, responsable du Cabinet vétérinaire du Molage à Aigle, les feux d’artifice et les pétards devraient être interdits. « Cela peut provoquer des arrêts cardiaques, notamment chez les animaux âgés, ceux ayant des problèmes cardiaques ou les petits animaux (lapins, oiseaux, etc.) Les chats sont facilement sujets aux cystites. Chez ceux qui sont prédisposés ou très sensibles, la panique acoustique peut déclencher des crises d’épilepsie. Certains peuvent également se mordre les pattes ou se lécher abondamment pour évacuer l’anxiété. Sans oublier les risques de blessures en cas de fuite et les brûlures en cas de mauvaise manipulation des articles pyrotechniques », explique-t-elle.

 

Plusieurs études se sont intéressées à la sensibilité au bruit chez les chiens. Il en ressort que certaines races, notamment les chiens de berger, sont particulièrement sensibles aux bruits. Leur système nerveux est programmé pour réagir instantanément au moindre changement visuel ou sonore de leur environnement.  

 

Un stress intense déclenche une importante décharge hormonale pouvant entraîner de graves conséquences sur la santé

 

Pour la vétérinaire, la priorité est de sécuriser les animaux domestiques durant cette période en les maintenant à l’intérieur, portes et fenêtres closes. Un conseil valable pour les chevaux et le bétail. « Pour les chiens et les chats, des compléments alimentaires naturels et non soumis à une ordonnance peuvent être donnés, comme Zylkene ou Anxitane. Pour les NAC, Zensupp constitue également une alternative naturelle, accessible sans prescription. Ces remèdes doivent être donnés déjà quelques jours avant les festivités. Dans certains cas spécifiques, nous utilisons des anxiolytiques pour les animaux les plus anxieux. »

 

Désensibiliser plutôt qu’exposer

Pour les chiens, comme pour les chats, l’idéal est de les habituer aux bruits dès leur plus jeune âge. « Les quatre premiers mois de vie sont déterminants chez le chien : les expériences acquises durant cette période laissent une empreinte durable, qu’elles soient positives ou négatives. Après cette phase, la méthode d’apprentissage est plus longue et demande plus de répétitions », précise Jessica Donnet, éducatrice canine bénévole au club cynologique de Monthey (Cyno Monthey).

 

L’erreur serait d’emmener son chien sur le site de la fête. « Ce serait de l’immersion. Or, l’objectif est plutôt l’habituation pour ceux qui n’ont jamais été exposés à ce type de stimuli, ou la désensibilisation pour ceux qui ont déjà développé des craintes. » Pour cela, elle conseille de travailler avec des applications ou des vidéos qui simulent le bruit et les lumières des feux d’artifice. « On commence en mettant le son très bas et on le diffuse dans la vie de tous les jours, que ce soit en promenade ou lorsqu’on fait le ménage. On augmente ensuite progressivement le volume. S’il réagit mal, on redescend l’intensité du son. »

 

L’éducatrice ajoute quelques conseils pour le jour J. « Tout d’abord, anticiper les sorties et garder l’animal en laisse, car il y a toujours des gens qui ne peuvent pas attendre pour allumer des pétards. Une fois à l’intérieur, mettre de la musique assez forte – ou la radio, la télévision, etc. – pour couper les bruits venant de l’extérieur. Donner un tapis de léchage préalablement passé au congélateur avec des friandises dessus ou quelque chose à mastiquer, afin de détourner l’attention. Il existe aussi des gilets anti-stress qui enveloppent les animaux. Il est enfin important de ne surtout pas gronder ou isoler son compagnon et de prendre le temps de le rassurer s’il vient vers vous. »

 

Le débat se joue à Berne

En mai 2022, une récolte de signatures a été lancée en faveur de l’initiative populaire fédérale « Pour une limitation des feux d’artifice ». À l’origine de ce projet se trouve une coalition d’organisations de défense des animaux, de la santé et de l’environnement réunissant la Protection Suisse des Animaux (PSA), la Fondation pour l’animal en droit (TIR), la Fondation Franz Weber et QUATRE PATTES. L’année suivante, 137’429 signatures ont été remises à la Chancellerie fédérale à Berne. En 2024, le Conseil fédéral a recommandé au Parlement de rejeter cette initiative. Ainsi, la Commission de la science, de l’éducation et de la culture du Conseil des États s’est ralliée à la commission sœur du Conseil national et a approuvé l’élaboration d’un contre-projet indirect. Ce dernier a finalement été rejeté par le Parlement le 19 juin dernier. L’initiative poursuit donc son parcours politique et devrait être soumise au vote populaire en novembre 2026 ou en février 2027.

 

Du point de vue de l’association à l’origine de l’initiative, le contre-projet était largement insuffisant. « Nous avons cherché un compromis viable au Parlement. Mais l’interdiction des pétards discutée n’était toutefois qu’un faux compromis. En réalité, les pétards ne représentent qu’une très petite partie des feux d’artifice bruyants vendus. Cela n’aurait guère réduit la nuisance pour les personnes, les animaux et l’environnement », souligne Philipp Ryf, membre de l’association à l’origine de l’initiative avant d’ajouter : « La population souhaite des mesures plus ambitieuses. Un sondage représentatif réalisé par gfs.bern montre que 68 % des électeurs soutiennent l’initiative, tous partis confondus ».  

 

Entre tradition populaire et bien-être animal, le débat est loin d’être clos. Une chose est toutefois certaine : pour de nombreux animaux, cette période est loin d’être une fête.

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Zoé Gallarotti

Rédactrice en chef

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