La belle époque revit dans la cité du sel grâce au projet ambitieux de Bernard Pulfer : Riversong, une station thermale aux Plans. Bex-les-Bains renaît de ses cendres sous le regard curieux des habitants du hameau.

Ce centre de bains et bien-être a vu le jour au mois de septembre dernier. Il est situé à 1100 mètres d’altitude, sur le plateau verdoyant du Vallon des Plans encerclé par les sommets majestueux des Alpes. En plein cœur de cette nature, Riversong s’est offert une place de rêve pour accueillir les curistes. En effet, les bains sont alimentés par l’eau de la source de la Rippaz qui s’écoule tranquillement à quelques mètres seulement des bassins ; cette même source alimentait déjà Bex-les-Bains en son temps. Un beau clin d’œil qui nous fait voyager dans le passé. Mais tout ne s’est pas construit en un jour et c’est presque par hasard que Bernard Pulfer s’est lancé dans cette aventure telle que nous la connaissons aujourd’hui. Retour sur son histoire, ses expériences et ses projets qui l’ont mené sur le chemin de la balnéothérapie.  

 

La préparation du bainUn véritable pédagogue

Bernard Pulfer le dit lui-même, il a vécu de dix métiers différents. Autodidacte, il a toujours pris plaisir à découvrir de nouveaux domaines, à créer, inventer, mais aussi à partager son amour pour la nature, ce qu’il a fait durant plusieurs années en tant qu’animateur jeunesse dans un établissement scolaire de la Tour-de-Peilz. Il a ensuite beaucoup voyagé, œuvrant bénévolement pour les enfants. Durant tout ce temps, dans son esprit, un rêve ne le quittait pas : «celui, un jour, d’ouvrir un lieu d’accueil visant à se libérer de notre carcan et de tout ce qui nous oppresse, tant émotionnellement que physiquement», précise-t-il avant d’ajouter : «j’ai appris à m’ouvrir à la nature et à la grandeur ; la grandeur d’ancrer l’amour de soi dans sa force de guérison, car beaucoup de maladies et de troubles trouvent leur cause sur les divers plans de l’être.» Bernard Pulfer a alors posté une annonce dans un journal, recherchant un lieu isolé et qui permet un retour aux sources. «J’ai très rapidement été appelé. C’est ainsi que j’ai acquis une ancienne colonie située aux Plans-sur-Bex.»

 

 

Une vue incroyable depuis les bassinsRiversong sort de l’eau

Bernard Pulfer fait donc l’achat d’un domaine comprenant un terrain de trois hectares, une maison datant de 1903 et une grange datant quant à elle de 1850. Le but : créer un centre de bien-être et d’exploration de soi. «Rapidement, un passant m’a alors appris que la source longeant mon domaine alimentait autrefois les bains de Bex. Ce fut une illumination.» Cette source, la Rippaz, a été rachetée par la commune d’Ollon en 2014 au prix de 12 millions. Bernard Pulfer est totalement libre de puiser cette eau puisque cette dernière s’écoule sur son terrain. Il ne lui en fallait pas plus pour se lancer dans l’aventure de la balnéothérapie avec Limor Ramati, masseuse professionnelle. 

C’est en mettant la main à la pâte que le projet Riversong a pu être concrétisé. «Nous avons tout rénové, 40 radiateurs, 70 fenêtres, 10 tonnes d’isolation et j’en passe. Du sol au plafond, nous avons utilisé uniquement des matériaux respectueux de l’environnement.» Ainsi, les deux bâtisses ont conservé leur cachet, à la fois simple et convivial ; elles sont alimentées en eau par la source de la Rippaz. «Dans cette maison entièrement boisée, on s’y sent bien. On est à l’abri des pollutions électromagnétiques et chimiques», assure Bernard Pulfer, lui-même électrosensible. Les travaux ont duré presque trois ans, mais il aura fallu bien du courage aux protagonistes du projet afin d’obtenir toutes les autorisations nécessaires à son ouverture.

 

 

 

 

 

Bernard PulferDu bain au séjour sur mesure

Bernard Pulfer, passionné par la santé de manière globale, a perfectionné ses connaissances médicales et en balnéothérapie en se renseignant auprès de spécialistes et en lisant des livres. Il n’est plus à prouver que l’eau thermale est bonne pour la santé, une centaine d’études démontrent ses vertus.

Les curistes de Riversong peuvent simplement profiter d’un bain d’une heure ou alors prolonger leur séjour de ressourcement avec un programme adapté. Une esplanade en plein air comprend un tonneau à six places et six tonneaux individuels en bois de mélèze. La recette utilisée est authentique. «Il s’agit d’une approche empirique de l’époque de Bex-les-Bains. L’eau de la Rippaz est alors mélangée avec de la saumure brute provenant des Mines de Sel. Nous avons à notre disposition différentes saumures. L’eau est ensuite chauffée au bois, ou par des panneaux solaires lorsque c’est nécessaire, à une température variant entre 36 et 40 degrés selon les souhaits. Ces eaux de source auxquelles nous adjoignons le sel originel des Alpes ont été vantées pendant près de deux siècles par les médecins qui soignaient les curistes de Bex-les-Bains. Leur action tonique et stimulante et leur énergique minéralisation permettent entre autres de lutter contre le stress et la dépression en renforçant le système nerveux, de régulariser la circulation cutanée et les fonctions de la peau, de prévenir les troubles de la ménopause, d’aguerrir le corps contre les refroidissements et les affections catarrhales et d’accroître les forces de manière générale.»

Pour les plus longs séjours, la maison principale comprend entre autres neuf chambres d’un ou de plusieurs lits. La grange, quant à elle, dispose d’une salle destinée à des réunions, concerts, conférences et projections. Une bibliothèque et une salle de silence complètent l’offre. Les repas servis sont sains et à base de produits locaux et de condiments issus du jardin potager.

Finalement, en plus des massages, séances de yoga ou méditation une surprise attend les visiteurs : le sentier pieds-nus. Une idée originale qui emmène les participants entre forêts et étang et procure les multiples bienfaits de la réflexologie. 

Bernard Pulfer souhaite en outre organiser des animations hebdomadaires - concerts, cours, conférences, etc. - pour, en plus du centre de soins et de bien-être, faire de ce coin de paradis un lieu d’échanges et de rencontres.

Riversong peut donc se targuer d’être l’endroit idéal pour se ressourcer et renouer avec la nature. Un brin d’histoire, beaucoup de passion et surtout l’envie de transmettre et partager sont les maîtres-mots de ce lieu unique et chaleureux.

 

L’histoire de Bex-les-Bains revit

Difficile en quelques lignes de revenir intégralement sur l’histoire fascinante de Bex-les-Bains. Toutefois, le 2 novembre, le Cercle vaudois de Généalogie (fondé en 1987) a publié la Revue vaudoise de généalogie et d’histoire des familles 2018. La publication est cette fois-ci consacrée aux «Familles hôtelières et le tourisme dans le canton de Vaud.» L’article de tête, intitulé : «La santé par les eaux, ou l’épopée de Bex-les-Bains à travers ses premiers hôteliers» nous replonge dans l’histoire des établissements de Bex qui ont fait la réputation de Bex-les-Bains. Ainsi, l’ensemble de l’histoire des hôtels de Bex est retracé, depuis le XVIIIe siècle jusqu’à la moitié du XXe siècle. Un sujet développé par Sandrina Cirafici et Pierre-Yves Pièce, respectivement présidente de l’Association Cum Grano Salis et président du Cercle vaudois de Généalogie. C’est grâce à leurs recherches et leur savoir que nous pouvons revenir, même brièvement, sur cette époque incroyable afin que son histoire se transmette et ne s’oublie pas. En voici quelques extraits, une goutte d’eau salée dans cet océan d’informations délivrées dans cette revue que nous vous invitons vivement à découvrir. À commander par courrier ou par internet.

 

Retour à l’époque de Bex-les-Bains

Quelque cinquante médecins de quatorze villes de Suisse ont vanté les mérites des bains d’eaux salées et d’eaux-mères prises en boisson ou en bain dans cette station thermale vaudoise auréolée par la Dent du Midi. Les hôtels et les pensions de Bex-les-Bains se sont surpassés afin d’offrir à leur clientèle, buvette, baignoire privée alimentée en eau de source – pure, sulfureuse ou salée –, docteur particulier, parc de plaisance avec jet d’eau et grottes artificielles, guides pour les balades, calèches et omnibus, cuisine réputée, orchestre et petit théâtre où se jouaient les derniers succès de Paris. Durant plus de deux siècles, la station a hébergé, soigné et distrait les plus célèbres savants, artistes, philosophes et écrivains de Suisse, France, Allemagne, ou même des Etats Unis. Du baron à l’empereur, elle a accueilli tous les degrés de la noblesse et du pouvoir issus d’Europe et d’Afrique - avant de décliner sous l’effet des deux guerres mondiales - et de clore son chapitre balnéaire sur la fermeture et les incendies de plusieurs de ses hôtels.

Situé à l’entrée du village, face à l’église réformée, le Logis de l’Ours est devenu en 1753, le premier établissement de Bex à allier hébergement et cures d’eaux. En effet, Pierre Gédéon Molles importait à Bex les eaux minérales de Courmayeur par les chemins muletiers du Grand col Ferret culminant à 2537 mètres. Pierre Gédéon Molles a ainsi non seulement témoigné de son esprit d’entreprise, mais également de son sens des affaires, puisque la durée de la cure telle que prescrite par le docteur Mollo devait lui permettre de retenir près d’un mois sa clientèle au Logis de l’Ours !

Le 16 juin 1770, Pierre Gédéon Molles annonçait, par l’inter­médiaire de la Gazette de Berne, qu’une source d’eau minérale contenant des parties sulfureuses et ferrugineuses très subtiles avec un peu de Sel de Glauber, avait été découverte à Bex: la source des Isles, près d’un ancien bras du Rhône.

Après Molles, c’est la dynastie Dürr qui s’est retrouvée à la tête du Logis de l’Ours, devenu l’Hôtel de l’Union – lieu qui a vu mourir la marquise Delphine de Custine (lire Point Chablais No 133). Le 17 juin 1823, Louis Dürr annonçait au public l’ouverture d’un établissement de bains d’eau douce et d’eau soufrée. Avec le même esprit d’entreprise que son prédécesseur, il a été le premier à exploiter la source dite «des Mines» à des fins médicales ; comme boisson, pour agir sur les organes digestifs et en bain, pour combattre les maladies.

En 1842, les commandes de la Pension et Bains de Bex sont reprises par Benjamin Dürr. L’année suivante, et pour la première fois, «des bains salés avec les eaux-mères des salines de Bex» sont proposés au public. Les eaux-mères sont un concentré de sels minéraux issus de l’évaporation de l’eau salée, après extraction de la majeure partie du sel de cuisine. L’idée d’utiliser à des fins thérapeutiques ce sous-produit de la fabrication du sel est attribuée au chimiste vaudois Samuel Baup, nommé à la tête des salines en 1836. Benjamin Dürr a ainsi fourni, avec l’utilisation des eaux-mères, l’un des atouts qui ont assis la réputation de Bex-les-Bains, à savoir la balnéation «iodo-bromurée».

À partir de 1852, Félix Dürr succède à son père à la tête de la Pension des Bains. Avec son associé Benjamin Wagner, il a enfin proposé aux curistes, en sus des bains d’eaux-mères, les fameux bains «d’eau salée des salines de Bex» fournissant le second atout de Bex-les-Bains, à savoir la balnéation «chlorurée sodique». Une utilisation rendue possible grâce à la fameuse dessalaison du roc salé inaugurée par Jean de Charpentier, qui a permis de sextupler la production entre les années 1820 et 1850. La saga des Dürr s’est finalement arrêtée en 1858. La Pension des Bains a par la suite été reconstruite devenant ainsi le Grand Hôtel des Bains.

La ville de Bex a également connu l’ouverture d’un nouvel établissement balnéaire nommé La Pension de Crochet. Sans doute désireux de s’aligner sur l’offre balnéaire de son concurrent de l’Hôtel des Bains, Gabriel Ruchet proposait, dès le printemps 1851, des «Bains froids pour les personnes qui le désirent». Ces bains se sont avérés être des «bains d’eau courante», probablement puisée dans la rivière de l’Avançon. Les «bains et douches avec eau-mère des Salines» ont ensuite fait leur apparition à la Pension de Crochet en 1864, dans une annexe nouvellement construite, plus de vingt ans après que Benjamin Dürr les eut proposés à la Pension des Bains. Inauguré en 1870, le Grand Hôtel des Salines offre à son tour à sa clientèle des bains d’eau salée et d’eaux-mères.

Concurrence, guerres, coûts des réfections, récession et incendies ont eu raison de Bex-les-Bains. Le Grand Hôtel des Salines, fermé en 1977, a été le dernier prestigieux vestige de cette époque incroyable qui a grandement marqué la cité bellerine. Quarante ans après, le livre se réouvre avec un nouveau chapitre écrit par Bernard Pulfer qui inscrit un nouveau tournant dans l’histoire de la balnéothérapie à Bex. 

 

Informations
Pour commander la revue:
Cercle vaudois de Généalogie - ACV
Rue de la Mouline 32
1022 Chavannes-près-Renens,
CHF 50.- 
 
 
Photos : B. Gallarotti

 

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