Les entreprises favorisent de plus en plus le bien-être de leurs collaborateurs, car un employé épanoui est un employé performant. Télétravail, horaires flexibles, espaces plus agréables et même, de manière toujours plus marquée, la possibilité d’emmener son chien sur son lieu de travail. Une nouvelle tendance qui a ses atouts comme ses inconvénients. Faisons le point avec une éducatrice canine et découvrons quelques témoignages de ceux qui vivent cette expérience au quotidien.
Les bienfaits des animaux de compagnie sur les hommes ne sont plus à prouver. Regarder un chien dans les yeux ou le caresser libère des endorphines et de la dopamine dans notre corps, ce qui nous procure instantanément une sensation de bonheur. La présence d’un animal sur son lieu de travail peut donc aider à diminuer le stress et l’anxiété des employés. Il apporte légèreté et convivialité. Si l’idée semble formidable, elle n’est pas toujours réalisable et il y a plusieurs facteurs à considérer.
Pas une question de race, mais d’individu
À la question de savoir si toutes les races peuvent être emmenées sur son lieu de travail, Annick Carciofo, éducatrice canine, nous répond : « Durant des années, j’ai emmené mon dobermann au travail, dans un foyer psychiatrique. La race n’a pas d’importance, il faut considérer chaque individu et se poser la question si ce dernier supportera ou non l’environnement dans lequel il passera ses journées (attention aux pièces surchauffées pour les chiens polaires). Certains ont besoin de plus de tranquillité ou de stabilité que d’autres. Sans oublier leur temps de sommeil qui est important. Si l’animal passe ses journées à observer et qu’il est de facto dans l’incapacité de se reposer, il est préférable d’éviter de le prendre tous les jours ou toute la journée avec soi. Il doit disposer d’un endroit au calme où il est en mesure de se retirer pour être en paix. »
Quelques conseils
Bien entendu, une bonne éducation est de rigueur, ainsi qu’une bonne sociabilisation. « S’ils sont habitués lorsqu’ils sont jeunes c’est plus facile. Mais c’est réalisable à tout âge. Là encore, il n’y a pas de règle. Tout dépend de son caractère, de sa manière d’aborder les autres. Pour l’habituer, il convient de procéder, si possible (ce n’est pas toujours le cas), par palier. Quelques heures, puis augmenter progressivement. Certains s’adapteront plus rapidement que d’autres. Attention toutefois aux chiots qui risquent d’être facilement surstimulés et de développer des troubles. A contrario, un changement de rythme de vie est susceptible d’être difficilement supportable pour les adolescents ou les chiens plus âgés. D’où l’importance d’y aller tranquillement. »
Il y a ensuite des points à prendre en compte : « Penser à lui laisser des jouets, de quoi mastiquer, de l’eau, sans oublier de veiller à sa propreté. » Garder son compagnon près de soi, ne veut pas dire le laisser autonome et ne pas s’en occuper. Au contraire. Si l’animal a besoin de repos, il a aussi besoin d’interactions. « S’il vient vers nous, nous devons lui accorder du temps. Il faut en prime veiller à ce qu’il n’embête pas les autres et qu’il ne fasse pas de bêtises. Cela altère le temps de travail. Nous ne pouvons pas garder constamment un œil sur lui, d’où l’importance d’une bonne éducation. Concernant les contacts avec les autres, il est recommandé d’apprendre aux collègues à laisser le chien venir à eux et non l’inverse. Aller l’embêter alors qu’il n’a pas envie augmente le risque d’accidents. Sans oublier ceux qui ont peur des chiens ou ceux qui ne les aiment pas, car cela peut amener des tensions. Dans ces circonstances, l’animal ne doit pas se promener librement. Il est possible d’apaiser certaines phobies et craintes en organisant des balades à l’extérieur avec les personnes concernées. Mais son ami à quatre pattes ne doit jamais être imposé aux autres. »
Concernant la cohabitation avec plusieurs chiens dans un même espace, ces derniers doivent être présentés les uns aux autres à l’extérieur. « S’ils s’entendent bien et s’il n’y a pas d’hystérie collective constatée, l’expérience est envisageable. Il est néanmoins difficile de les contenir durant toute une journée sans qu’ils ne s’approchent. Une surveillance accrue est souvent de mise et ils s’exposent à davantage de remontrances. Un roulement est également une alternative à mettre en place. »
Conclusion : il fait connaître son chien, bien l’observer – connaître les postures d’apaisement (se lécher la truffe, bâiller, s’étirer, détourner le regard, etc.) – et ne pas se montrer égoïste. Parfois, il vaut mieux pour l’animal de rester à la maison. Alors, combien de temps laisser seul un chien chez soi ? Une question qui fait débat, même auprès des professionnels. Il n’y a pas de réponse clé. « Je pars du principe que si vous travaillez, vous avez aussi le droit d’adopter un compagnon. Ceux qui ne peuvent pas rentrer chez eux durant la journée, doivent penser à engager un petsitter ou trouver une solution similaire. L’important est le temps consacré à son animal en dehors des heures de travail. »
Des témoignages positifs
Dominique Pilet et Brady
La Bellerine tient un salon de coiffure à la place du Marché. Brady, un american staffordshire terrier âgé de 10 ans, est le chien « le plus pourri-gâté au monde », affirme sa propriétaire avant d’ajouter : « Depuis qu’il a quatre mois, il m’accompagne au salon. Au début, il y avait une séparation entre lui et mes clientes. Mais ces dernières demandaient à le prendre sur leurs genoux… Elles le cachaient sous leur peignoir et allaient même lui faire faire de petites balades. Aujourd’hui encore, il grimpe sur les jambes de certaines personnes. Il reçoit régulièrement des friandises, même des cadeaux de Noël, et les enfants lui font des dessins. »

En entrant dans le salon, on croise le regard de Brady, confortablement installé dans son fauteuil. « Avant il se levait pour dire bonjour à tous ceux qui entraient. Maintenant, avec l’âge, un peu moins, il a ses préférences, mais il aime qu’on vienne lui offrir une petite caresse pour le saluer. Seulement deux clientes en ont peur. Je leur ai appris à l’ignorer et du coup il reste dans son coin. » Brady est, pour ainsi dire, sage comme une image. « Il ne fait pas de bêtise. Contrairement à l’une de mes précédentes chiennes, Moustique, un yorkshire qui, une fois, avait rongé le talon de l’une de mes clientes. »
Depuis environ un an, Brady ne reste plus que le matin au salon. « C’est une éponge et dorénavant, il a besoin de plus de calme. Ici, il faut gérer les émotions de tous ceux qui viennent, le flux, les câlins, etc. Mais ça se passe bien ainsi. Je dois aussi dire que si je n’avais pas pu emmener mon chien au travail, je n’en aurais pas adopté. »
Carmen Canistra et Uma
La Bellerine gère avec son conjoint l’entreprise Maire Carrelage dont les bureaux sont situés dans la zone industrielle. Uma, une chienne tervuren (berger belge) de deux ans, est « une vraie concierge », explique sa propriétaire avant de poursuivre : « Elle regarde tout ce qui se passe par la fenêtre. Et avec le salon de toilettage situé juste à côté, il y a du passage. » Elle dispose de tout l’étage avec un panier placé près du bureau. « Nous avons installé une barrière pour qu’elle ne puisse pas descendre quand la porte d’entrée est ouverte en été, lorsqu’il y a des livraisons ou si nous avons des employés qui ont peur. »

En arrivant, Uma apporte son jouet préféré. Une manière d’attirer l’attention et de rappeler qu’elle est là. « C’est elle qui dicte mes pauses. Des moments de jeux et de câlins bienvenus. D’ailleurs, quand elle veut dire quelque chose, elle sait se faire comprendre. Lorsqu’elle était toute jeune, ne sachant pas communiquer autrement, elle pinçait. J’ai dû lui apprendre à donner des coups de museau, moins douloureux. Elle a aussi eu rongé quelques cartons. Cela montre l’importance d’une bonne éducation pour que ça se passe bien. C’est valable pour tous les chiens, même les plus petits. Je fais encore des cours avec Uma et ce sont de bons moments de complicité qui m’apprennent à la lire et à comprendre ses besoins. »
Habituée depuis son plus jeune âge à accompagner sa propriétaire au travail, il y a tout de même des habitudes qui ont été mises en place. « Je prends le temps de répondre à ses besoins avec une grande balade d’au moins une heure le matin et des moments pour la dépenser mentalement, car cette race n’a pas uniquement besoin de stimulations physiques. »
Daniela Arimondi et Yarra
L’Aiglonne est directrice des ventes pour Sense Fly, une entreprise de Eagle NXT qui fabrique des drones et basée à Cheseaux-sur-Lausanne. Yarra, une chienne terrier irlandais à poil doux de cinq ans, est « la mascotte des lieux », précise sa propriétaire avant de continuer : « J’étais stagiaire quand j’ai débuté dans cette entreprise. Le précédent responsable des ventes a été le premier à emmener son compagnon au bureau. Ensuite, il y en a eu d’autres. Je n’ai pas eu à demander la permission, j’ai été encouragée à prendre Yarra avec moi. Heureusement, car c’est une chienne COVID (adoptée durant la pandémie), elle n’a jamais aimé rester seule à la maison. Si je n’avais pas eu cette chance, j’aurais changé de travail. »

Actuellement, Yarra est la seule boule de poils de ce bureau. Elle peut donc profiter librement du grand espace collectif partagé par trois employés. « Quand du stress se fait ressentir, on la caresse ou on joue avec. Ça aide tout le monde. Certains aiment passer du temps en sa compagnie et la promener. En dehors du bureau, je la garde en laisse. Elle m’accompagne à la cafétéria ou quand nous faisons voler les drones à l’extérieur et croise parfois un autre chien qui se trouve dans une autre partie du bâtiment. »
Des câbles et du matériel coûteux qui peut être dangereux sont à proximité de la chienne. « Pour éviter les accidents, il a fallu lui apprendre à ne pas jouer avec ces éléments. Ça se passe très bien. Je peux laisser un drone au sol, elle ne s’y intéresse pas. Elle est très sage – sauf une fois, quand elle a volé le pique-nique d’un collègue, mais je lui ai enseigné que c’était mal – et très propre : cette race est hypoallergénique, elle ne perd pas de poil. »
Pascal Grange et Max
Le Saillonin est directeur du CSU-CAVD (Centre de Secours et d’Urgences du Chablais et des Alpes vaudoises, dont le siège est à Aigle). Max, un lhassa apso de quatre ans est « un véritable chien de garde », nous révèle son propriétaire avant de préciser : « Dès qu’une personne inconnue entre dans les bureaux, il aboie, mais il ne mord pas ». Peu de monde connaît cette race. Ainsi, lorsque Max est identifié comme un lhassa apso, cela fait le bonheur de Pascal Grange.

L’adopter n’était pas prévu, mais c’est devenu une évidence. « Compte tenu de nos obligations professionnelles avec ma femme et des études universitaires de nos enfants, il a fallu trouver une solution pour s’en occuper durant la journée. J’ai donc décidé de l’amener avec moi au bureau, non sans une certaine crainte quant à son accueil par les employés. Finalement, son intégration fut une réussite. En plus de mettre de la couleur dans les relations humaines, cela a ouvert les discussions. Depuis, Max partage l’espace administratif avec le terrier de Boston de mon assistante. Et pour les collaborateurs qui rencontrent parfois des difficultés pour faire garder leurs propres chiens – en raison des tranches horaires de douze heures – nous nous organisons pour accueillir leurs animaux dans des espaces dédiés. »
Max accompagne son maître partout où il va. « Même lors de rendez-vous extérieurs. Dans ce cas, ma voiture (Tesla) a un mode chien qui permet de maintenir la climatisation de l’habitacle. Max peut alors y rester pendant une courte période en toute sécurité. » Pour conclure, avoir un compagnon poilu en continu toute la journée nous ramène à nos propres émotions. « Quand je suis tendu, mon chien me le fait comprendre. Il y a une dimension psychologique et émotionnelle forte dans notre relation. C’est un bon régulateur, un miroir émotionnel. »
- Photos : Zoé Gallarotti