Des origines d’une passion à un rêve devenu réalité
Willy Deladoëy passe son enfance sur la Colline de Chiètres, dans la ferme de ses grands-parents, au lieu-dit Le Luissalet. Un écrin de verdure au cœur des montagnes qui invite au calme et à la sérénité. C’est dans ce cadre magnifique qu’au début des années 1970, les premières vignes sont plantées sur une parcelle de 4’000 m2. À cette époque, le raisin est simplement vendu à des tiers. Durant cette même décennie, Willy Deladoëy réalise un apprentissage de carrossier-tôlier. Un métier qu’il exerce ensuite durant plusieurs années, tout en nourrissant un rêve : transformer l’exploitation familiale en domaine viticole.

En 1984, il se lance en agrandissant les surfaces cultivées. Le temps que les vignes arrivent à maturité et permettent une première vinification, il travaille à la Ciba en parallèle de son activité viticole. La première vinification, et donc le premier millésime commercialisé, a lieu en 1989 et Willy Deladoëy se consacre alors entièrement à sa passion. La fin des années 1990 marque un tournant avec la vinification de l’ensemble de la production – jusqu’alors du raisin était encore vendu en parallèle de la production de vin – et Nathalie, son épouse, rejoint l’aventure.
En plus de trente ans, le Domaine Luissalet s’est agrandi pour atteindre aujourd’hui une surface de 4 hectares. Vinifiés soit en méthode traditionnelle, soit en barriques, les vins secs ou moelleux sont récompensés par de nombreuses distinctions nationales et internationales. Par ailleurs, l’ensemble du domaine est au bénéfice du label Vitiswiss, certifiant que l’exploitation respecte les normes de production écologique, une philosophie chère au couple tourné résolument vers le développement durable. Actuellement, dix cépages sont cultivés : chasselas, gamay, gamaret, pinot blanc, galotta, cabernet franc, diolinoir, sauvignon blanc, ainsi que deux nouvelles variétés introduites cette année, johanniter et divico. En plus de la production d’une grappa, près d’une vingtaine de vins figurent à la carte, mais les stars du domaine restent le chasselas, le gamay vieille vigne et le galotta.
Du point de vue légal, ne pouvant dissocier les terrains cultivés et la maison familiale, il n’a pas été évident pour Willy et Nathalie Deladoëy de franchir le pas et de vendre le tout. Toutefois, le couple dispose d’une petite maison à deux pas, au Clos des Caillettes, dans laquelle il a récemment emménagé. La vue sur le domaine reste imprenable et, si une page se tourne, les souvenirs, eux, restent impérissables. « Il y a tant d’anecdotes incroyables. Mon grand-père, agriculteur à Bex, n’avait pas beaucoup d’argent, mais possédait des terres. Pour le mariage de ses filles, il a donc planté du lin sur l’une de ses parcelles. Ce dernier, une fois tissé, a servi à confectionner leur trousseau de mariage », évoque Willy Deladoëy.
L’histoire du Domaine Luissalet continue de s’écrire
« Autre anecdote amusante, mes grands-parents étaient suisses-allemands : l’un était Argovien, l’autre Appenzellois. Trois générations plus tard, c’est à nouveau un couple suisse-allemand qui reprend le domaine… », précise Willy Deladoëy. En effet, Emanuel Marsicovetere et Ena Gloor viennent de Bâle. Ensemble depuis six ans, le couple vient de s’installer sur le domaine, désireux de préserver l’identité de l’exploitation tout en apportant leur touche personnelle. Emanuel Marsicovetere a exercé le métier d’informaticien durant dix ans avant de changer de profession. « Je voulais faire un travail manuel », confie-t-il. Après un apprentissage de viticulteur à Bâle, il se rend en France, en Champagne, pour apprendre à faire le mousseux. Ensuite, avec Ena Gloor, il loue deux hectares de vigne en Argovie pour produire essentiellement du pinot noir, du sauvignon blanc et du chardonnay. Cette expérience a permis à la jeune femme, travaillant jusqu’alors dans la pédagogie du mouvement, les massages, le coaching sportif et l’éducation canine, de découvrir toutes les étapes, de la vigne à la bouteille.
Le couple cherchait à acheter un domaine ; une annonce sur Facebook a été le coup de cœur. Les deux amoureux cessent leur activité en Argovie pour venir s’installer à Bex. Leurs objectifs sont clairs : préserver les cépages actuellement cultivés au Luissalet, en introduire de nouveaux à l’avenir et poursuivre la production des vins existants selon des méthodes biologiques. Les bouteilles produites en Argovie viendront compléter l’offre dans un premier temps. Par la suite, le couple entend développer de nouvelles cuvées, dont des vins mousseux. « Nous désirons aussi planter des arbres dans les vignes pour favoriser la biodiversité », indique Emanuel Marsicovetere. « Et travailler avec les chevaux », ajoute Ena Gloor.

Willy et Nathalie Deladoëy ne seront pas loin, puisqu’ils donneront un coup de main le temps nécessaire pour une transition en douceur. « Notre stock a été racheté et le millésime 2026 sortira seulement l’année prochaine. Ce n’est qu’en 2027 que les clients pourront réellement se rendre compte du changement », précise Willy Deladoëy. En attendant, les intéressés sont cordialement invités à venir rencontrer Emanuel Marsicovetere et Ena Gloor, ainsi que les animaux du domaine – deux ânesses, deux chevaux et trois chiens qui coulent des jours paisibles en pleine nature – mais aussi à déguster les vins. « Le vin, ce n’est pas seulement un produit du terroir, mais une émotion qui se partage », explique Emanuel Marsicovetere, qui souhaite organiser des événements pour partager sa passion avec la population. Dans ce sens, une brisolée se tiendra sur le domaine le 11 octobre (ou le 18 octobre selon la météo) et d’autres rencontres seront organisées à l’avenir. Le couple se tient également à disposition pour organiser des dégustations ainsi que des réceptions privées.
Ainsi, la reprise de l’exploitation bellerine ouvre la voie à de nouveaux projets, tout en restant fidèle à l’esprit du lieu. Un nouveau chapitre s’ouvre aujourd’hui au Domaine Luissalet, à découvrir… et surtout à déguster.