Après quatorze ans à la tête de la Laiterie du Collège à Aigle, Jean-Louis Bapst remettra les clés de son établissement à Arnaud Guichard le 1er juillet. Après une courte fermeture destinée à assurer la transition entre les deux propriétaires, il rouvrira ses portes à la mi-juillet.

Plus d’un siècle d’histoire
L’enseigne ouvre ses portes en 1864 sous le nom de Société de laiterie d’Aigle-Yvorne. À l’époque, jusqu’en 1934, elle fabriquait du gruyère, une activité qui a disparu avec l’arrivée des fourrages ensilés, incompatibles avec la fabrication du gruyère.
En 1984, Louis Charrière et son épouse Christiane reprennent la laiterie et proposent des produits locaux, une sélection de spécialités d’autres régions, ainsi que des yogourts maison et des mélanges de fondues préparés par leurs soins.
Jean-Louis Bapst, fort de trente-trois ans d’expérience dans la fabrication de gruyère et de vacherin fribourgeois – dont vingt ans comme gérant de la Société de laiterie d’Orsières en tant que fabricant de fromage à raclette au lait cru – prend les rênes de la Laiterie du Collège en 2012. Durant plus d’une décennie, il maintient l’âme de l’enseigne aiglonne et continue de perpétuer la tradition des yogourts maison et des mélanges de fondues.
Aujourd’hui, une page se tourne pour Jean-Louis Bapst qui décide d’arrêter de travailler dans le milieu fromager. « Je veux rester actif, mais dans un autre domaine », confie-t-il avant d’ajouter : « J’ai eu beaucoup de chance durant toutes ces années, car la population jouait le jeu. J’avais des clients fidèles et agréables que je tiens à remercier chaleureusement ». Il relève également l’emplacement de la laiterie. « Elle se trouve proche du centre-ville, avec des places de parc à proximité, dans un quartier vivant composé d’une belle communauté. »
Que la clientèle se rassure, l’histoire de la laiterie se poursuivra dorénavant sous l’impulsion d’Arnaud Guichard, qui compte conserver l’esprit et la qualité qui ont fait la réputation de l’établissement, tout en y apportant sa touche personnelle.

La tomme Fleurette débarque à Aigle
Après une formation d’agriculteur, Arnaud Guichard se forme à la fromagerie de Penthéréaz (VD), puis passe avec succès son brevet fédéral de fromager à Moudon. Il rejoint ensuite la fromagerie Fleurette à Rougemont en 2019. L’année suivante, il prend la tête de l’entreprise.
La fromagerie Fleurette étant plutôt un site de production, elle dispose d’un petit magasin dédié uniquement à la vente de ses fromages. La spécialité de la maison : la tomme Fleurette. Elle est fabriquée artisanalement avec du lait cru de vaches de montagne. Ce fromage à pâte molle à croûte fleurie est affiné en cave durant une dizaine de jours avant de pouvoir être dégusté. Il s’agit d’une tomme crémeuse et coulante, au goût authentique de lait cru et de toutes les saveurs des plantes de montagne. Elle a reçu de nombreuses distinctions dans les concours professionnels.

Le jeune maître fromager, désireux de se développer, a été mis en contact avec Jean-Louis Bapst par un commercial collaborant avec les deux entreprises. Un heureux hasard qui permet aujourd’hui à la Laiterie du Collège de poursuivre son histoire. « Travaillant au Pays-d’Enhaut, je disposais uniquement de deux régions pour ouvrir un magasin : Bulle, où la concurrence est déjà rude avec plusieurs magasins de fromages, et le Chablais, dont le potentiel me semble particulièrement intéressant », précise-t-il.
Arnaud Guichard continuera d’œuvrer au laboratoire et engagera du personnel pour assurer la gestion du point de vente à Aigle. « Je compte maintenir la gamme actuelle, tout en y ajoutant les produits de la fromagerie Fleurette. J’espère que la clientèle restera fidèle et appréciera les fromages de Rougemont. Je souhaite également développer la collaboration avec les restaurateurs, car le potentiel est important dans le Chablais. »
Entre transmission de savoir-faire et envie de développement, la Laiterie du Collège s’apprête ainsi à ouvrir un nouveau chapitre, avec un souffle nouveau venu du Pays-d’Enhaut, tout en conservant ce qui fait son identité depuis plus d’un siècle.
- Photos : M. Azéronde