En hiver, la faune est difficilement observable ; pourtant, elle laisse derrière elle de nombreux indices. En se montrant attentif et avec un minimum de connaissances, les sorties dans la nature peuvent devenir passionnantes. Rencontre avec une accompagnatrice en montagne qui propose une excursion sur les traces des animaux sauvages au mois de février.

Anouk Dorogi a troqué son bureau pour la nature. En 2017, elle a entamé une formation d’accompagnatrice en montagne, métier qu’elle exerce à plein temps depuis 2023. Aujourd’hui, elle dispose d’un brevet fédéral dans ce domaine. À la différence d’un guide qui évolue principalement en haute altitude afin d’atteindre des sommets techniques, le métier d’accompagnateur, plus récent, se concentre sur la découverte des milieux naturels. Ce dernier partage des connaissances variées dans des domaines tels que la météorologie, l’environnement, l’histoire, la faune et la flore.

Ainsi, elle propose un vaste programme d’activités tout au long de l’année. Parmi elles, citons par exemple des randonnées nocturnes lors des pleines lunes en hiver, des observations du tétras-lyre au printemps, des combos voile et rando en été ou encore des sorties en quête du brame du cerf en automne. Bien d’autres surprises attendent les curieux avec également la possibilité de prestations sur mesure.
Sa zone de prédilection : les Préalpes, mais elle déploie ses activités dans toutes les régions de Suisse romande. Quant à ses coups de cœur dans le Chablais vaudois, il s’agit de Cergnement en hiver et du Vallon de Nant en été.
Devenir un vrai détective
En hiver, la nature entière ralentit. Les oiseaux se taisent, les tétras-lyres se réchauffent dans des igloos ; la faune adopte une discrétion vitale. Le silence est roi et les balades prennent une forme unique qui donne l’impression d’être seul au monde.
Et pourtant…
Des empreintes de pas, des déjections, des pives rongées… Tous ces vestiges peuvent être étudiés et racontent la présence discrète d’animaux bien précis, ainsi que leurs techniques d’adaptation à la saison froide.

Dans sa maison située à la Tour-de-Peilz, Anouk Dorogi nous présente ses trésors : une collection de traces et de vestiges naturels soigneusement conservés et utilisés pour décrypter la vie animale. « Au départ des randonnées, nous croisons beaucoup d’empreintes de chiens. Comment les différencier de celles laissées par des renards ou même des loups ? », demande-t-elle avant de répondre : « Tout d’abord la taille : celles du loup sont au moins deux fois plus grandes (environ 11 cm). Ensuite, l’emplacement des coussinets est un critère clé. Chez le grand prédateur, ceux-ci sont plus espacés. Il est possible de tracer une croix au centre sans les toucher. Chez le renard, un exercice similaire permet de séparer les coussinets du haut et ceux du bas par une ligne horizontale sans contact. Chez le chien, cette séparation n’est pas possible. Les tracés livrent eux aussi de précieux indices. Alors que le loup et le renard se déplacent généralement en ligne droite (ils traversent le chemin), le chien, lui, a tendance à zigzaguer. Par ailleurs, les animaux sauvages placent les pattes postérieures dans les traces laissées par les antérieures, afin de rester plus discrets et d’économiser de l’énergie ».

Anouk Dorogi dévoile d’autres astuces intéressantes : « L’empreinte du sabot d’un chevreuil prend la forme d’un cœur, tandis que la marque au sol laissée par les quatre pattes d’un lièvre ressemble à un « Y » ou à un « T ». Habituellement, ces animaux traversent les sentiers, ce qui les rend facilement repérables. » Elle explique aussi la différence entre les écureuils et les mulots pour se nourrir des graines des pives : « Le premier arrache les écailles, tandis que le second coupe le fruit de manière très nette. Le bec-croisé, lui, coupe les écailles en deux. »
Finalement, les crottes révèlent aussi des indications précieuses. « Les crottes du lièvre sont plus espacées. D’ailleurs, il a l’habitude de les manger. » Ces excréments mous et riches sont produits lors d’une première digestion. Ils doivent être réingérés afin que l’animal puisse assimiler toutes les vitamines, protéines et nutriments essentiels grâce à un second passage dans le système digestif. Ce procédé est vital pour sa survie. Ce comportement – courant chez d’autres espèces comme la marmotte, le castor, le chinchilla, le koala et certaines musaraignes – s’appelle la cæcotrophie. « Les crottes des chamois et des chevreuils se trouvent, elles, en tas. Celles du premier sont rondes comme des olives et celles du second sont allongées comme les noyaux des olives. »
Parfois, des plumes d’oiseaux, et plus rarement des bois de cerf peuvent être trouvés, notamment à la fin de l’hiver. « Mais ça reste extrêmement rare, puisque ces bois sont rongés par d’autres animaux. »
En apprendre bien plus encore…
Le 21 février, de 13h30 à 16h30, aux Pléiades, Anouk Dorogi emmènera la dizaine de participants vivre une excursion unique. Plus qu’une simple randonnée, c’est un monde entier qui s’ouvrira à eux. Chacun recevra une carte illustrée d’une empreinte et devra en retrouver la trace au fil de la sortie. Munis d’une petite réglette, qu’ils pourront ensuite emporter chez eux, les explorateurs chercheront, analyseront et comprendront. Chaque signe de présence se transforme en histoire. Chaque histoire permet de mieux comprendre ce qui nous entoure et, surtout, de mieux protéger les espèces vivant dans nos contrées.
À ce titre, Anouk Dorogi rappelle l’importance de ne pas déranger la faune, particulièrement vulnérable durant cette saison. Le WWF explique que « les mammifères économisent le plus possible leur énergie en se déplaçant uniquement dans le but de glaner leur pain quotidien. Pousser un chevreuil à la fuite risque de lui être fatal. Un quart d’heure de course lui fait perdre l’énergie accumulée durant la semaine précédente et l’expose surtout à une pneumonie mortelle. » Une autre information, partagée dans un fascicule publié par l’association Nature & Loisirs, précise qu’en cas de déficit d’énergie lié à des fuites répétées, le chamois broute les jeunes pousses d’arbres. Cette pratique peut s’avérer préjudiciable pour les forêts protectrices. Les bons gestes à adopter sont donc de ne jamais quitter les sentiers balisés et de toujours garder les chiens en laisse.
C’est dans cet esprit de respect et de sensibilisation que s’inscrit cette excursion proposée aux Pléiades. De nombreuses traces d’animaux seront observables : chevreuils, chamois, cerfs, écureuils, renards, lièvres, blaireaux et même, avec un peu de chance, loups et lynx. Au terme de cet après-midi, les participants réaliseront même le moulage d’une empreinte qu’ils auront eux-mêmes découverte et pourront repartir avec. Un souvenir gravé dans le plâtre, mais aussi et surtout gravé dans le cœur.
Cet événement est ouvert à tous, dès l’âge de cinq ans. Le prix est fixé à 60 francs par adulte et 40 francs par enfant (prix familles possibles sur demande). La randonnée, longue de 4,7 km et 130 m de dénivelé, est adaptable en fonction des participants. Elle se fera en raquette (possibilité de louer le matériel – 20 francs par personne) ou à pied selon l’enneigement. L’accompagnatrice conseille de s’équiper de bâtons, de chaussures confortables et chaudes, de gants, d’un bonnet, de lunettes solaires, de crème solaire et de quoi boire, idéalement une boisson chaude. De son côté, Anouk Dorogi partagera une petite collation dans l’après-midi : jus de pomme chaud et biscuits. La sortie peut être reportée, voire annulée, en cas de forte pluie.
Et pour ceux qui ne peuvent pas participer, le Fest’Hiver, organisé les 7 et 8 février à l’Espace Nordique des Alpes Vaudoises aux Mosses par les accompagnateurs en montagne du canton de Vaud, proposera une myriade d’activités, parmi lesquelles des sorties à thème sur les traces des animaux sauvages.
Action de terrain
Dans le cadre de la sensibilisation au dérangement de la faune durant la saison froide, Anouk Dorogi participe à une action menée par Alpes Vivantes. Elle a débuté au mois de décembre et se poursuivra jusqu’à la fin du mois de mars. Au total, vingt-cinq sorties sont prévues entre les chemins piétons de Cergnement et les pistes de ski de Villars, Gryon, les Diablerets et Glacier 3000. Il s’agit de la troisième édition. L’objectif : sensibiliser le public de manière ludique avec un petit jeu qui prend une dizaine de minutes. Les intéressés doivent placer des cartes illustrant des animaux, des activités ou même des dangers sur une grande bâche qui représente une station de ski fictive. En prime, des traces devront être associées à l’animal qui les a laissées.

Cette action d’Alpes Vivantes permet de mieux comprendre et protéger la faune, tout en veillant à sa sécurité sur les pistes et de prévenir les dangers liés aux avalanches. Un véritable atout pour les adeptes, toujours plus nombreux, de sports d’hiver.
Sur les traces des hérissons
Les hérissons sont au cœur d’un grand projet de recensement et de sensibilisation dans le Chablais. Il est mené par Alpes Vivantes, en partenariat avec Nos voisins sauvages. L’objectif : poser des tunnels qui abritent une gamelle remplie de nourriture, ainsi que des bandes d’encre et des feuilles blanches. Vous l’aurez deviné, chaque hérisson qui traverse ces tunnels y laisse ses empreintes.

Plusieurs recensements ont ainsi déjà été réalisés dans le Chablais : Villars en 2020 ; Bex, Leysin, Les Plans-sur-Bex, Gryon (Alpe des Chaux) et Ollon en 2021 ; Le Châtel-sur-Bex, Aigle (Glariers), Lavey (village) et Gryon (village) en 2022 ; Chesières et Fenalet-sur-Bex en 2024. Ces actions ont été menées avec le soutien des communes concernées, ainsi que la participation des écoles afin de sensibiliser les plus jeunes qui portent ensuite le message aux autres générations. « C’est une magnifique aventure humaine », confirme le secrétaire exécutif d’Alpes Vivantes, Jean-Christophe Fallet.
Les tunnels sont confectionnés par Nos voisins sauvages et servent à une action étendue à l’échelle nationale. Pour celle organisée à Aigle, quelque 250 élèves, répartis dans quinze classes de la 4P à la 8P, ont installé cinquante tunnels entre les mois d’août et octobre. Durant cinq jours consécutifs, les traces ont été relevées pour chaque tunnel par les classes participantes.
Si les résultats sont actuellement analysés par Nos voisins sauvages, la présence de ces petits mammifères est confirmée dans chaque quartier d’Aigle, avec une concentration importante dans celui de la Planchette. Le rapport final sera prochainement partagé avec la population, mais aussi et surtout avec les élèves qui ont pris part au projet, lesquels recevront un certificat. En prime, ils participeront à un jeu didactique pour apprendre les gestes permettant de protéger les hérissons. Lors de cette même rencontre, ils découvriront un kamishibai avec un poème de Claire-Dominique Olgiati illustré par Sarah Quero, toutes deux membres d’Alpes Vivantes.
Durant l’année, les élèves d’Aigle seront également amenés à recenser les obstacles qui bloquent les hérissons dans leurs déplacements. L’idée est ensuite de créer des autoroutes pour ces animaux afin qu’ils puissent circuler plus aisément d’un point à un autre. Cette activité s’inscrit dans la volonté d’aller toujours plus loin et de toucher un maximum de personnes en faveur de la sauvegarde et de la protection de cette espèce.
Toujours dans le courant de l’année, d’autres écoles de la région participeront à l’installation de tunnels à proximité des bâtiments scolaires.
Comment aider les hérissons
Avec des gestes simples, il est possible de transformer son jardin en un véritable paradis pour ces mammifères. Voici quelques conseils. Si une clôture entoure le jardin, il suffit d’y faire une petite ouverture d’environ 10 cm de haut et de large. Installer un compost offrira de la nourriture (vers et coléoptères). Une coupelle peu profonde remplie d’eau fraîche étanchera la soif des hérissons, mais aussi d’autres animaux. Les robots-tondeuses peuvent être dangereux. Vérifiez l’herbe avant de tondre et utilisez ces robots uniquement de jour (car ces animaux se déplacent généralement la nuit) sous surveillance. La meilleure option reste de maintenir de belles zones fleuries qui attirent les insectes et offrent de belles cachettes ainsi que des ressources alimentaires. D’autres refuges confortables sont les amas de branchages ou les tas de feuilles avec quelques ouvertures.
Conclusion
Ouvrir l’œil, rester attentif, bien observer et découvrir. Tout le monde peut repérer des traces. Connaître leurs origines est d’autant plus grisant. L’association Nos voisins sauvages propose à tout un chacun d’annoncer ses observations. Il suffit de poster sur son site internet une ou plusieurs photos des animaux ou simplement des traces croisées lors de vos sorties. Le recensement animalier devient ainsi une action citoyenne car, au fond, nous avons tous notre rôle à jouer dans l’avenir de notre planète.
Informations
Inscription sortie du 21 février
infos@enquetedenature.com
079 102 26 71
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- Photos : Anouk Dorogi, Alpes Vivantes, Z. Gallarotti et Pixabay