L’année se termine avec ce dernier dossier consacré aux quatre saisons des animaux. Place à l’hiver et ses dangers. Les intoxications courantes, le froid, la neige et les articulations qui se réveillent. Une nouvelle fois, la vétérinaire Florence Calès partage des conseils pour bien prendre soin de ses compagnons durant cette saison.

Intoxications hivernales : les dangers cachés
Chaque saison apporte son lot de risques en matière d’intoxications. Lorsque cela arrive, il est important d’en connaître la cause pour traiter le plus efficacement possible le patient. En hiver, il arrive couramment que les chiens ingèrent de l’antigel. « C’est dû au goût sucré du produit », explique Florence Calès avant d’ajouter : « Ce produit, très appétant pour les animaux, est extrêmement toxique. Quelques gouttes peuvent être mortelles. »
Après ingestion, l’animal semble ivre ou désorienté, puis développe rapidement les symptômes suivants : abattement, vomissements, troubles de la coordination ou encore difficultés respiratoires. « En quelques heures, le foie transforme l’éthylène glycol présent dans l’antigel en acides toxiques qui détruisent les reins : une insuffisance rénale aiguë se met alors en place, souvent irréversible si le traitement n’est pas instauré très tôt. » Il s’agit d’une urgence absolue : « Toute ingestion suspecte doit conduire à une consultation vétérinaire immédiate, même si l’animal semble encore bien. »
Quelques gestes préventifs peuvent sauver des vies : nettoyer les flaques au sol, bien refermer les bidons et les ranger dans un endroit inaccessible pour nos compagnons.
Le sel de déneigement peut également se révéler dangereux en cas d’ingestion importante. « Cela provoque une intoxication au chlorure de sodium qui se traduit par une soif intense, des vomissements, de la diarrhée et, dans les cas les plus graves, des troubles neurologiques (des tremblements, voire des convulsions). »
Le sel de déneigement est avant tout irritant pour les coussinets. « Pour éviter des rougeurs, des brûlures, des petites plaies ou même des fissures des coussinets, il faut bien rincer les pattes à l’eau tiède après les sorties. Des baumes préventifs peuvent également être appliqués. »
Côté plantes toxiques, il est conseillé d’éloigner le houx et le gui, souvent présents durant les fêtes de fin d’année.
Et n’oublions pas le chocolat, ô combien apprécié par nos compagnons, mais extrêmement dangereux. « L’intoxication au chocolat est très fréquente, notamment le 24 décembre. Il doit être gardé hors de portée de nos animaux, tout comme les restes de table riches en graisses ainsi que les os de volaille. »
Et parlons de la neige. Certains chiens en mangent. « Cela peut entraîner une gastro-entérite, une hypothermie digestive, voire des vomissements. »
Florence Calès nous livre une explication intéressante concernant nos amis les bêtes : « Le froid engendre une anesthésie de la truffe, les odeurs sont donc moins fortes. Les animaux vont alors plus facilement lécher, goûter et manger ce qu’ils trouvent ».

Finalement, faut-il adapter la nourriture de nos compagnons durant l’hiver ? La vétérinaire nous répond que : « Ce n’est pas la saison qui compte, mais le mode de vie. Les chats, par exemple, ont tendance à moins bouger en hiver ce qui peut occasionner une prise de poids. De plus, l’air chauffé à l’intérieur et le manque d’eau à l’extérieur en raison du gel, peuvent favoriser le dessèchement (notamment chez les félins). Ainsi, il est nécessaire de changer l’eau régulièrement. Les chiens sportifs ou ceux qui vivent dehors, quant à eux, peuvent avoir besoin de plus d’énergie. Une alimentation plus conséquente (entre 10 et 20% de plus) et plus riche en lipides pour maintenir la température corporelle est recommandée. La perte de poids est signe d’une ration trop faible.
Comment protéger nos animaux du froid ?
Certains hivers peuvent être rigoureux. Comme pour nous, tout dépend de la durée d’exposition et de la sensibilité individuelle. Le froid peut toutefois être mortel, même à 0°C, si l’animal est humide ou reste immobile trop longtemps.
Bien que les chats aient tendance à raccourcir leurs promenades extérieures durant cette saison, Florence Calès explique que les sorties prolongées sur des surfaces enneigées ou gelées peuvent causer des gelures aux oreilles et aux extrémités.

Pour les chiens, les protections existantes sont nombreuses. « Les habits (manteaux et autres) se veulent utiles pour ceux à poil ras, âgés, maigres ou convalescents. Les chiens nordiques ne sont pas nécessairement concernés puisque leur pelage est adapté à ce type de conditions extrêmes. » Il existe aussi des chaussures de protection et des lunettes pour protéger de la réverbération du soleil sur la neige (albédo), notamment pour ceux qui ont les yeux clairs. Il va de soi que plus ils sont jeunes et plus il est facile de les habituer à porter ces accessoires.
Une bonne observation permet de savoir si nos amis à quatre pattes ne supportent pas le froid ou la neige, ou s’ils ont besoin d’aide. Voici quelques signes : s’ils lèvent les pattes lorsqu’ils marchent dans la neige ou s’ils l’évitent soigneusement, s’ils tremblent ou s’ils se collent à nous pour se réchauffer, si leurs coussinets sont abîmés (gonflement, rougeur, irritation, etc.), ou s’ils plissent les yeux face au soleil… Chaque comportement est un indice précieux qu’il ne faut pas négliger.
Les articulations : la saison des réveils douloureux
Le froid peut réveiller l’arthrose. « Il peut déclencher des modifications de la circulation sanguine, influencer la viscosité de la synovie et provoquer des contractions plus importantes des muscles et des tendons pour maintenir la température corporelle. À noter que les changements de pression atmosphérique modifient la pression exercée sur les tissus, ce qui affecte la sensibilité des récepteurs de la douleur », explique Florence Calès.
Quels sont les signes ? « Les chiens âgés ou déjà arthrosiques boitent davantage et peinent à se lever. Ils tournent au ralenti. En cas de crise d’arthrose, l’animal peut se retrouver dans l’incapacité de se mettre debout. La plupart des propriétaires pensent à l’euthanasie. Or, avec un traitement adapté, il est possible de l’aider à se relever en seulement quelques heures. Les chats, eux, deviennent plus discrets : ils se lèvent moins souvent, montent moins sur les meubles, marquent des hésitations avant de sauter, font leurs besoins en dehors de la caisse car le déplacement jusqu’à celle-ci se révèle pénible et dorment encore plus. L’augmentation de leurs phases de sommeil est malheureusement souvent associée à de la paresse hivernale, mais ce n’est absolument pas le cas. »
Les malheureux sont alors touchés par l’isolement. Leurs propriétaires préfèrent, à tort, les laisser tranquilles alors qu’ils devraient justement les entourer davantage. En prime, ils entrent dans un cercle vicieux : « car moins ils bougent et plus les douleurs empirent ».

Que faire ? « Ne surtout pas se dire que son animal a de l’arthrose, que c’est normal en raison de son âge, et ne pas agir. » La vétérinaire précise qu’il existe plusieurs composantes dans l’arthrose et que chaque animal ne va pas exprimer les mêmes douleurs. « Il n’y a pas de traitement unique, ni de protocole universel. Cette maladie dégénérative se caractérise par un remodelage articulaire, un amincissement du cartilage, une prolifération osseuse, un stress oxydatif accru, ainsi qu’un remaniement de la vascularisation et des nerfs, accompagné d’une réponse inflammatoire altérée. » Autant d’éléments complexes à prendre en compte…
Une fois un traitement mis en place, un suivi régulier est indispensable. « La douleur évolue. Les traitements efficaces aujourd’hui ne le seront pas forcément demain. Il faut les adapter régulièrement. » Les suppléments les plus recommandés sont l’oméga 3 (utiles en outre pour la peau, le cerveau, la dépression, etc.), le CBD, le collagène et les moules vertes. Certains témoignages intéressants (malgré l’absence de preuves scientifiques) font part d’effets positifs avec les protecteurs de cartilage, le sulfate de chondroïtine, la glucosamine et les membranes de coquilles d’œuf. Dans les cas les plus difficiles, on administre des anti-inflammatoires non stéroïdiens, de la gabapentine et, parfois, du tramadol ou de la kétamine.
Outre les suppléments ou traitements médicamenteux, les douleurs arthrosiques peuvent être réduites par de la physiothérapie, de l’ostéopathie et même par le laser thérapeutique, une technologie avancée utilisée pour stimuler la guérison des tissus et apporter un réel soulagement.
Enfin, il est possible d’aménager son intérieur pour prévenir l’arthrose ou pour soulager les douleurs existantes. Les surfaces antidérapantes ou les patchs sous les coussinets sont de bonnes solutions pour éviter que l’animal fasse le grand écart en glissant. Les gamelles en hauteur servent pour les cervicales. Les escaliers ou rampes pour monter sur le canapé ou dans la voiture évitent aux animaux de sauter. Et les matelas à mémoire de forme rencontrent un franc succès. Il existe également des harnais spécifiques pour aider le chien à marcher. « Autre conseil, les propriétaires peuvent masser quotidiennement les zones douloureuses pour favoriser la libération d’endorphines localement. Cela crée du lien et ça soulage leur compagnon tout en évitant son isolement. »
Sur ces bons conseils, les propriétaires d’animaux pourront aborder cette nouvelle saison plus sereinement. « L’hiver, c’est beau, mais c’est une épreuve physique pour les animaux, comme pour nous. L’important, c’est d’adapter, pas de surprotéger : observer, prévenir et garder du bon sens, c’est le meilleur manteau pour nos compagnons », conclut Florence Calès.
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