Cette année, l’orgue de cinéma du Théâtre Barnabé à Servion fête ses vingt ans. Plusieurs rencontres uniques sont agendées afin de découvrir cet incroyable instrument dont la responsabilité a été confiée à l’Aiglon, Guy-Baptiste Jaccottet. Retour sur l’histoire et les spécificités du plus grand orgue de cinéma-théâtre d’Europe et portrait d’un jeune musicien passionné par les films muets.

Quand l’orgue s’invite au théâtre ou au cinéma, ce sont des souvenirs d’antan qui refont surface : entre films muets, mais aussi la danse, la chanson, la musique d’ambiance pendant les entractes et autres manifestations sociales ou sportives. L’orgue de cinéma s’est largement développé à partir de la fin du XIXe siècle afin de remplacer les orchestres. De nombreux avantages sont liés à cette évolution. Tout d’abord, un orchestre demande plusieurs dizaines de musiciens, des compositions, des arrangements et des répétitions. Avec l’orgue, un seul musicien est aux commandes et ce dernier est en totale improvisation. Cela signe l’absence de partition pour une approche beaucoup plus personnelle, mais également unique. Aujourd’hui, cet instrument connaît un succès nouveau qui fait notamment revivre le cinéma muet, avec une touche plus contemporaine au niveau de la musique.

 

Cet orgue de cinéma est composé de 2638 tuyaux
Cet orgue de cinéma est composé de 2638 tuyaux 

Au cœur de l’orgue

Il a d’abord servi dès 1928 au cinéma Apollo de Zürich avant d’être démonté et entreposé dans les combles. En 1998, il a été déplacé au Théatre Barnabé avant d’être restauré, complété, informatisé et agrandi afin de devenir le plus grand orgue de cinéma-théâtre d’Europe. Son histoire ne peut être détachée de celle de Jean-Claude Pasche, alias Barnabé, musicien, comédien et directeur de théâtre, mais aussi et surtout, collectionneur, qui en a fait l’acquisition et imaginé son agrandissement.

Ne possédant pas de façade à l'origine, et n’ayant ainsi aucune contrainte de disposition, il a été intégré d’une façon tout à fait particulière dans la salle du théâtre avec laquelle il ne fait plus qu’un. Il mesure 8 mètres de haut. Il est donc visible sur deux étages : le premier, à la hauteur du public et le second, en dessus de la scène, dans les combles. Il atteint une longueur de 16,50 mètres, soit la longueur entière de la salle. Mais ce n’est pas tout, puisqu’il s’étend encore sur les côtés, soit deux façades latérales de chacune 9 mètres. Finalement, plusieurs éléments viennent compléter ce gigantesque instrument, comme un carillon situé au-dessus du public. Dans ce théâtre, le son produit par l’orgue est unique. Il n’y a pratiquement aucune réverbération, contrairement aux ambiances sonores que l’on entend dans les églises.

Sa particularité est qu’il est composé de 2638 tuyaux - dont le plus ancien date de 1867 - répartis en 42 rangs, soit autant de familles de sons différentes. En plus de celles-ci, on retrouve quatre jeux de percussion chromatique comme le carillon ou le xylophone, quatre instruments automatiques, dont le violon ou l’accordéon, neuf percussions, allant de la grosse-caisse aux cloches, dix effets de bruitages tels que l’orage, le vent ou encore le sifflet de train.

Du fait que cet orgue ait été informatisé, les possibilités sont infinies. Sa prise en main est déjà suffisamment compliquée à l’heure actuelle. Relevons aussi les coûts d’une telle merveille. Tout d’abord, il faut l’accorder régulièrement et pour cela il faut compter un millier de francs. Finalement, il faut également l’entretenir de manière ponctuelle, soit tous les 10 à 20 ans pour un budget avoisinant une centaine de milliers de francs. Pour ce faire, le théâtre a créé une association : Les amis de l’orgue du Théâtre Barnabé. Chacun peut d’ailleurs parrainer un tuyau en reversant une cotisation annuelle.

 

Guy-Baptiste Jaccottet au cœur de l’orgue de cinéma
Guy-Baptiste Jaccottet
au cœur de l’orgue de cinéma 

Pas si muet, Guy-Baptiste Jaccottet

Âgé de tout juste 21 ans, ce musicien aiglon est titulaire de cet orgue depuis le mois d’octobre 2018. Grand amateur de films muets, il n’est pourtant pas avare de paroles. En effet, lorsqu’il est lancé sur le sujet, sa passion se ressent et c’est le sourire aux lèvres qu’il partage avec nous son histoire.

«Je regarde des films muets depuis que je suis gamin, avec ma famille. Cela fait partie de ma culture cinématographique. À l’âge de 13 ans, j’ai commencé à jouer de l’orgue et je ne me suis jamais arrêté. J’ai rapidement eu envie de mêler ses sonorités avec le visuel, que ce soit dans l’univers du théâtre ou celui du cinéma. Ce n’est pas un exercice nouveau. Il y a eu l’opéra, puis les films muets et maintenant les films parlants. Mais dans tous les cas, il y a toujours de la musique pour accompagner le visuel. Pour ma part, je trouve naturel de réactualiser ces films muets qui sont, souvent, de véritables chefs-d’œuvre, tant au niveau de la qualité des images que du jeu des acteurs. Finalement, avec l’orgue de cinéma, on n’assiste jamais deux fois au même spectacle puisqu’il s’agit d’improvisations. Chaque représentation est donc unique. Mais l’improvisation demande aussi une certaine préparation. Ainsi, je regarde plusieurs fois les films sur lesquels je vais jouer afin de connaître les moments importants sur le bout des doigts, comme par exemple les chutes… Mes films muets préférés ? Ceux de Buster Keaton. Il est surnommé l’homme qui ne rit jamais et il y a quelque chose de fondamentalement drôle chez lui. Il y a une sorte de décalage entre ce qu’il vit et ses réactions. D’ailleurs, ses films sont encore aujourd’hui très actuels dans la gestion de l’action. Mon titre préféré de cet acteur ? La croisière du Navigator. Ce film est plein de poésie, de tendresse et de douceur, ce que l’on ne retrouve moins dans ses autres œuvres.»

Portrait dressé, intéressons-nous à son rôle concernant l’orgue de cinéma du Théâtre Barnabé. Ce n’est pas tous les jours qu’un musicien peut poser ses mains dessus et encore moins en être nommé responsable. «La première fois que je suis entré dans ce théâtre, j’ai eu un choc. Je n’avais jamais vu ou entendu pareil instrument. Il est unique et offre des possibilités que l’on ne trouve nul par ailleurs. J’ai aussi une part de déception puisqu’il est relativement en mauvais état. Tout ne fonctionne pas, même si comme organises, nous faisons tout pour masquer les défauts. Mais ses défauts sont largement dépassés par l’émerveillement qu’il suscite.»

 

L’orgue fait son cinéma

À l’occasion de ce 20e anniversaire, plusieurs rendez-vous sont organisés afin de fêter dignement cet instrument aux dimensions historiques. Le coup d’envoi sera donné le 1er décembre avec un concert qui fera la part belle aux musiques de films avec l’organiste, Valentin Villard. Game of Thrones, Mary Poppins, Indiana Jones, le Roi Lion, la Gloire de mon Père, Pirates des Caraïbes, Aladdin, Harry Potter, la Petite Sirène ou encore Star Wars ; autant de titres qui auront leur place dans ce concert spectaculaire. Alors que la représentation de 14h30 est déjà complète, il reste encore des places pour celle de 17h30.

Du 20 novembre au 8 février, la célèbre comédie musicale Sister Act sera jouée sur la scène du théâtre. Tirée du film éponyme de 1992, Sister Act est une explosion de bonne humeur ! La Compagnie Broadway rejouera l’adaptation française de la version du théâtre Mogador (Paris) de 2012. Son efficacité réside aussi et surtout dans sa musique. Le compositeur Alan Menken, à qui l’on doit les musiques des films de Disney, a réinterprété la bande originale du film et ressuscité des sons issus des années 70 et 80 en écrivant une toute nouvelle partition, hommage appuyé à des géants tels que Donna Summer, Diana Ross ou même Barry White pour les numéros masculins. L’orchestre sera ainsi accompagné par Guy Baptiste Jaccottet à l’orgue. Ce dernier sera un instrument à part entière dans ce spectacle unique.

Un autre regard de l’orgue de cinéma

Prise de hauteur pour apprécier cet incroyable instrumentFinalement, du 13 au 15 mars se tiendra le 20e Festival Voix du Muet ; festival créé l’année de l’installation de l’orgue au Théâtre Barnabé. Le vendredi dès 20h30, c’est Chaplin qui sera à l’honneur avec le film «The Vagabond» qui sera sonorisé par Tobias Willi. Le lendemain, dès 20h30 également, hommage au film «Metropolis» qui sera accompagné par Paul Goussot. Finalement, Guy-Baptiste Jaccottet jouera le dimanche dès 14h30 sur un film de Buster Keaton : «Le cadet d’eau douce».

Un magnifique programme pour ce vingtième anniversaire. L’occasion de découvrir ou redécouvrir cet orgue incroyable, mais également l’univers des films muets. Finalement, les modes vont et viennent, ce qui n’est pas pour déplaire à Guy-Baptiste Jaccottet, un véritable passionné de cet univers qu’il partage avec beaucoup d’émotions.

 

 

 

 

Informations 

Théâtre Barnabé
Chemin du Théâtre 2
1077 Servion
 
Hollywood en concert
1er décembre – 17h30
Prix : 30 francs
Gratuit pour les enfants jusqu’à 13 ans
 
Sister Act
Du 20 novembre au 8 février
Prix : entre 35 et 65 francs
 
20e Festival Voix du Muet
13 mars à 20h30 – soirée Chaplin
14 mars à 20h30 – Metropolis
15 mars à 14h30 – Le cadet d’eau douce
Prix : 30 francs
Gratuit pour les enfants jusqu’à 16 ans
 
Photo: B. Gallarotti

 

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