Le point de la rédaction

Édito juillet 2018

À l'heure où s'imprimera cette édition estivale, nous serons peut-être en passe d'être sacrés champions du monde de foot. Cette douce utopie, résultat d'un abus de foi inébranlable en notre équipe nationale, est toutefois entachée par la perspective de ne pas voir ce glorieux miracle affiché sur les manchettes colorées du «Matin».

Le couperet est tombé début juin, la vitamine orangée des Romands cessera prochainement de paraître dans sa version papier. Elle tentera certes de survivre dans l'ère du numérique mais le pari est risqué et l'issue incertaine.

J'ai pris connaissance de cette mort annoncée sans chagrin mais avec une certaine émotion. Souvent décrié, diabolisé ou moqué pour sa ligne éditoriale, «Le Matin» restait pourtant dans le trio des quotidiens les plus lus en Suisse Romande. Ses titres accrocheurs, son côté people assumé et son ton parfois léger faisait qu'on attendait fébrilement que notre voisin de table tourne la dernière page pour lui lancer un «- Je peux vous l'emprunter ?».

Cent-cinquante-six ans de présence, ce n'est pas rien. Au gré des changements de nom et de look, «Le Matin» a su se faire une place sous le bras des pendulaires et sur la table du petit déjeuner dominical. Il y a aussi ces souvenirs auxquels il est intimement lié. Enfant, j'avais le privilège d'aller le récupérer dans la caissette au coin de la rue. J'étais terrorisée à l'idée qu'un groupe cagoulé du GIGN m'encercle si je venais à chaparder un exemplaire, ce qui avait comme effet de me faire recalculer à maintes reprises mon petit pécule. Il y a aussi mon paternel entourant religieusement les lettres du mot caché le dimanche, la couverture au lendemain des attentats de 2001 et les éditions du jour de naissance de mes enfants que j'ai précieusement gardées pour me rappeler que même si c'était un événement majeur, le monde continuait de tourner.

Le papier en tant que support vit certainement ses dernières heures de gloire. L'information se lit et se digère compulsivement via les réseaux sociaux et les sites en ligne en toute gratuité. Une aubaine pour les lecteurs et une manne providentielle pour les publicitaires qui finissent par lâcher les éditeurs au profit des grands groupes qui régissent l'internet. Pour se dédouaner on invoque l'impact écologique d'une impression papier et la révolution que constitue la dématérialisation grâce au numérique. Si dans le texte tout paraît limpide, la réalité n'est pas forcément aussi simple et l'incidence du «tout virtuel» sur l'environnement est loin d'être négligeable.

Nous autres journalistes au Point Chablais avons encore de la chance de voir s'imprimer le fruit de notre labeur sur un joli papier et de savoir nos mots, nos idées et nos coups de gueule trôner indélébilement sur un coin de table.

 

Texte : S. Ceccon-Renevey

Texte : S. Ceccon-Renevey

 

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