Du chlorothalonil dans l’eau potable ?

Un impact sur la santé publique

C’est à Bourg-en-Lavaux que l’histoire débute à la suite d’une analyse sur le territoire communal révélant une concentration de métabolites du chlorothalonil dépassant la valeur admise par l’Ordonnance fédérale sur l’eau potable. Le seuil de tolérance fixé en août 2019 par la Confédération est de 0,1 microgramme par litre. Or, l’eau de Bourg-en-Lavaux en contient 6 fois plus. Rappelons que le chlorothalonil est un fongicide chimique utilisé de manière régulière dans la viticulture, mais aussi dans l’agriculture, commercialisé entre autres par SYNGENTA depuis les années 70. Depuis le 1er janvier dernier, ce produit est interdit en Suisse. Les communes ont deux ans au maximum pour mettre leur réseau d’eau en conformité. Classé comme potentiellement cancérigène pour l’homme par l’OMS, le chlorothalonil présente également un risque élevé pour les amphibiens et les poissons et donc pour la biodiversité.

 

Quel avenir pour notre eau potable?
Quel avenir pour notre eau potable?

 

À la suite de cette nouvelle inquiétante, les conseillers communaux Bernard Borel (Aigle) et Christophe Grand (Bex), tous deux membres du parti POP & Gauche en mouvement, ont déposé une interpellation à leur Municipalité respective. Composée de huit questions, cette demande visait à savoir ce qu’il en est du chlorothalonil dans les eaux souterraines de la région. « On parle aujourd’hui du chlorothalonil, mais de nombreux pesticides font polémique depuis quelques années : néonicotinoïdes tueurs d’abeilles, chlorpyriphos, toxiques pour le système nerveux et perturbateurs endocriniens, glyphosate probablement cancérigène… Certains d’entre eux ont déjà été retirés du marché, mais d’autres continuent à être utilisés, sous la pression de l’industrie agrochimique. Nous avons à faire à un problème global : on a mis sur le marché un grand nombre de produits (environ 350), alors que l’on n’était visiblement pas en mesure d’évaluer correctement leur impact sur la santé et l’environnement. Et les producteurs les ont utilisés en toute bonne foi », précisent les deux conseillers communaux dans leur interpellation avant d’ajouter : « Les métabolites qui ont été décelés dans nos eaux potables et pour lesquels la Confédération exige aujourd’hui des mesures d’assainissement s’y trouvent probablement depuis longtemps et ont, dès lors, été ingérés par la population pendant des années, avec un impact sur la santé publique qu’il est difficile, voire impossible d’évaluer. »

 

Les réponses de la commune de Bex

Du côté de la cité du sel, suite à une très brève intervention du syndic PLR, Pierre Rochat, appelant au classement de cette interpellation, le conseil communal de Bex, par une courte majorité, n’a pas jugé nécessaire que la Municipalité donne suite à cette demande. Christophe Grand a toutefois déposé une résolution – qui est non contraignante – demandant une réponse à ses questions. Sa requête a finalement été entendue.

 

On apprend alors que cette problématique touche les communes alimentées par des sources susceptibles d’être contaminées par des fongicides, ce qui n’est pas le cas des sources bellerines. Ces dernières se situent en aval de Solalex à plus de 1’300 m d’altitude et les plus basses, les captages des Monts, à 850 m en zone forestière. Aucune recherche n’est jugée nécessaire, le canton ayant d’ailleurs effectué plusieurs analyses par le passé et que celui-ci contrôlera à nouveau les sources l’an prochain.

 

« Dans l’ensemble, les réponses de la Municipalité sont satisfaisantes », précise Christophe Grand avant d’ajouter : « Toutefois, j’avais également proposé, par souci d’exemplarité, que les parcelles louées par la commune soient cultivées de manière biologique. La réponse obtenue ne m’a pas convenu. Je reviendrai donc prochainement avec un projet complet allant dans ce sens.

 

Les réponses de la commune d’Aigle

La ville d’Aigle a, selon la demande de la Confédération, testé ses deux puits, Fontanney et Fontaines claires. Cinq types de métabolites étaient recherchés. Le résultat de l’un des puits s’est révélé positif au chlorothalonil avec une teneur de 0,1 microgramme par litre. Cette valeur atteignant le seuil de tolérance admis, aucune démarche ne sera entreprise et aucune communication ne sera officiellement adressée à la population. Ces matières n’étant plus utilisées, un seul contrôle régulier sera effectué afin de suivre la décroissance de ces valeurs.

 

Ravi des réponses de la Municipalité, Bernard Borel rappelle que si le chlorothalonil n’est désormais plus utilisé, ce n’est pas le cas du Pergado, un autre fongicide commercialisé par SYNGENTA. « La note explicative mentionne que ce produit est potentiellement cancérigène. » C’est pour cette raison que le conseiller communal a déposé une motion en faveur d’une culture sans agrochimie pour les parcelles viticoles et agricoles communales (lire article « Aigle, future ville verte ? » paru dans notre édition d’octobre). « Le municipal Grégory Devaux m’a indiqué que plusieurs pistes sont envisageables pour sortir partiellement de l’agrochimie », conclut Bernard Borel.

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Article écrit par

Zoé Gallarotti

Zoé Gallarotti

Rédactrice en chef

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