Promeneurs, randonneurs et alpinistes vous le diront,  la cabane de Plan-Névé, ouverte toute l’année, n’est pas un cul-de-sac, bien au contraire, c’est une ouverture sur la montagne. Les visiteurs sont accueillis en permanence de juin à septembre, parfois même par des bénévoles. Rencontre avec ce lieu situé en plein cœur des alpes vaudoises et pourtant souvent méconnu des Chablaisiens.

 

Son histoire

En 1945, quelques valeureux montagnards, issus des troupes de montagne de l’Armée suisse, créent l’Union des Patrouilleurs alpins de l’ancienne Brigade de montagne 10, avec entre autres buts de faire profiter les sociétés civiles d’alpinisme des connaissances techniques. De cette union découla entre autres le célèbre Trophée du Muveran né d’une idée lancée en 1947. Ce projet en amena d’autres, la construction d’une cabane pour que l’UPA 10 puisse réaliser ses objectifs, et l’emplacement fut dès lors tout trouvé, sur le parcours du fameux Trophée du Muveran, plus précisément dans la région du glacier de Plan-Névé, sur les hauts de la commune de Bex. Mais sa construction fut tout de même périlleuse, le transport de matériel se faisait à dos d’hommes aidés également d’un téléphérique prêté par l’armée, mais qui ne devait être utilisé que pour le transport des matériaux. C’est finalement en 1953 qu’elle voit le jour pour devenir aujourd’hui un lieu de passage incontournable.

Pierre Savary, gardien depuis 2005

Depuis huit saisons maintenant, Pierre Savary assure le gardiennage de la cabane de Plan-Névé, et ce en permanence tous les mois de juillet et d’août. Il descend de sa montagne une fois par semaine pour faire des courses et autres. «Mon travail est très polyvalent, j’assure l’accueil des visiteurs, l’intendance, et aussi et surtout je renseigne les gens sur les courses possibles ou la faune, la flore, etc. Mon but c’est de satisfaire les clients», exprime Pierre, qui ne tarit pas d’éloges sur cette région «méconnue et formidable». «Sans oublier que la cabane est l’un des points de passage les plus célèbres du Trophée du Muveran avec le couloir du Pacheu.»

A la cabane, ce sont près de huit cents nuitées comptabilisées chaque année sans compter un nombre encore plus élevé de visiteurs d’un jour. «Les chiffres suivent une pente ascendante et varient en fonction du temps. Par exemple, juillet 2012 figurait comme le mois le moins fréquenté de ces huit dernières années, en revanche, le mois suivant s’inscrit comme le meilleur. Beaucoup de Français, Belges et Hollandais font le détour par ici pour apprécier ces somptueux paysages. Les Bellerins, en revanche, sont nettement moins nombreux.» En arrivant, les gens ont le choix, ils peuvent soit manger à la carte, soit pique-niquer avec leur propre nourriture. Des conditions abordables au caractère familial, puisque,  pour les enfants de moins de six ans, tout est gratuit.

Instituteur retraité, Pierre Savary a profité de sa préretraite à Plan-Névé. «Une activité très gratifiante, ça me fait bouger.» Membre de longue date du Club Alpin, Pierre est un amoureux de la montagne. «Mon travail est très intéressant, avec un contact humain plus perceptible qu’en ville.» Ce papa de trois enfants et de six petits-enfants cesse ses activités à la cabane le 2 septembre pour profiter d’une retraite bien méritée. «J’ai d’ailleurs commencé l’an dernier à faire parrain de gare pour RailFair à Fribourg, là où je vis. Je continuerai cette activité à but idéal.» La place est donc à pourvoir pour 2013. En huit saisons de service à la cabane, Pierre aura su apporter sa touche en faisant un meilleur usage de l’énergie solaire, mais aussi en aménageant le sentier alpin du col des Chamois en posant des câbles et en rallongeant avec des câbles également le couloir du Pacheu.

Des parcours pour tous niveaux

L’accès à la cabane est simple, il suffit de suivre depuis Les Plans-sur-Bex un chemin qui passe par le Richard et qui mène directement à la cabane. Il faut compter environ trois heures de marche. Ensuite, de nombreuses possibilités s’offrent aux randonneurs. Par exemple, Anzeindaz peut être rejoint par le col des Chamois nord (2656 m d’altitude). «Cette randonnée alpine gratifiante permet de gagner de l’expérience.» Quant à l’Arête Vierge de la Tête à Pierre Grept, cette très belle course revient à la mode chez les alpinistes.

En hiver, l’accès à la cabane est possible en peaux de phoque mais reste réservé aux personnes expérimentées.

Informations:

Réservation pour une nuitée

021 781 12 30 ou

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Texte: Z. Gallarotti - Photo: Z. Gallarotti et Claude Cachemaille

«Fée de Plan-Névé» : Si vous avez la chance de vivre un orage en fin de journée, bien à l’abri dans la cabane Plan-Névé, peut-être allez-vous apercevoir, lorsque le calme reviendra et que les dernières brumes se dissiperont, la silhouette de la vieille femme, fossilisée à jamais, sous le Col du Chamois Sud.

La légende de Plan-Névé

Les troupeaux sont rentrés ; le vacher devant l’âtre

Plonge ses bras nerveux dans le lait écumant ;

Et ranimant le feu sous la cendre grisâtre,

Joyeux, il voit sont lait déborder aujourd’hui

De ce vase qu’hier il vit déjà rempli.

Cependant une voix s’élève sur la porte :

«Bon maître, accordez-moi votre hospitalité !

Pour une femme hélas ! la tempête est trop forte ;

Bien traître est le sentier dans cette obscurité ;

Sous l’orage déjà la montagne s’agite,

Bon dieu ! … jusqu’à demain veuillez de donner gîte !»

Une vieille courbée, au seuil tenant sa main,

Faible, implore un appui sur ces hauteurs funèbres,

«Quoi ? … mendiez ici ? Va, va, suis ton chemin !

Les oiseaux tels que toi craignent peu les ténèbres…»

Et le cruel, tandis qu’un morne éclair reluit,

D’un geste montre, hélas ! le désert et la nuit,

«O maître, ayez pitié ! la fatigue de l’âge…»

«Va, va, suis ton chemin ! Pourquoi partir si tard ?

Tu devais bien prévoir la nuit, même l’orage.»

«L’aurore, bon seigneur, éclaira mon départ ;

J’ai marché tout le jour ; mon Dieu ! je suis si vieille !»

«Va, dis-je et grade-toi de lasser mon oreille»

La pauvre suppliante s’éloigne navrée, méditant en son cœur une terrible vengeance :

D’un pas qui n’avait rien des faiblesses de l’âge,

Elle gravit les rocs loin du sentier battu ;

Et, se perdant enfin dans la nuit et l’orage,

On l’eût dite emportée au sein du tourbillon

Où la foudre traçait son rapide sillon.

Mais bientôt, au milieu d’une lumière étrange,

Elle apparaît encore sur un roc élevé ;

Tout autour du sommet le nuage se range

Et dévoile à ses pieds le cruel Plan-Névé,

Alors la vieille femme élevant sur sa tête

Son vieux manteau qui flotte au vent de la tempête,

Etendant ses deux bras sur le mont découvert,

Mêle une voix terrible au tonner qui passe :

«Plan-Névé ! Plan-Névé ! désormais à tes frais pâturages

Nul troupeau ne viendra ; Plan-Névé ! Plan-Névé !...»

Et chaque mot porté sur l’aile des orages

Était jusqu’aux chalets arrivés ;

La genisse mugit en ouvrant sa narine

Et le pâtre sentit frissonner sa poitrine,

Alors on entendit un bruit épouvantable :

La montagne mugit jusqu’en son fondement,

Avalanches, torrents, tempête, éclats de foudre…

On eût dit le fracas d’un monde mis en poudre.

Insondable, la nuit planait sur ces terreurs.

Mais quand la fraîche aurore apparut sur les cimes,

Plan-Névé ! Plan-Névé ! d’une nuit que d’horreurs !

Vallon qui s’inclinait sur les bords des abîmes,

Pâturages herbeux, chalets, riche troupeaux…

Le glacier couvrait tout de morne repos.

Légende des Alpes vaudoises

 

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