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Drogues, télé, café, travail, et même peut-être la musique… Quand parle-t-on d’addiction ? Un problème qui n’épargne personne, mais qui se révèle bien plus complexe à décrypter qu’il n’y paraît.

«Oh non, je suis accro !» Comme le dit le groupe Tryo dans son titre «Sortez-les». Ici les chanteurs font référence aux ordures télévisuelles, mais les types d’addictions sont vastes et complexes. Si l’on se réfère au sens strict du terme, l’addiction se définit comme impossibilité à contrôler un comportement en dépit de la connaissance de ses conséquences négatives. Contrairement au terme dépendance qui, lui, évoque d’abord l’augmentation des doses (phénomène dit de «tolérance» et l’apparition de signes de sevrage, qui n’est pas obligatoirement présent dans toutes les addictions.

 

«Cocaine» d’Eric Clapton

«If you want to hang out, you’ve gotta take her out, cocaine» que l’on peut traduire par «si tu veux sortir, tu dois sortir la cocaïne». La première phrase de ce morceau mondialement connu résume parfaitement l’association d’un produit quel qu’il soit à un acte, un sentiment, un plaisir. Un peu comme prendre un bain sans eau, ce qui en soi n’est pas hyper hygiénique…

Mais où se trouvent les limites si tant est qu’il y en ait ? Car boire un verre de temps en temps ne fait pas de nous des personnes dépendantes à l’alcool. Le terme addiction est défini par une série de critères traditionnellement associés à une souffrance psychologique, généralement secondaire à l’addiction, mais aussi très souvent pré-existante au problème. Dépression, anxiété, stress, mais également des sentiments négatifs liés à l’environnement social, relationnel ou professionnel qui peuvent être le terrain d’addictions à certaines substances qui nous permettent de voir «La vie en rose», comme le chantait Edith Piaf. On consomme car… et là les raisons peuvent être nombreuses.

On constate alors certains phénomènes comme l’augmentation progressive du temps passé au comportement, l’apparition de signes spécifiques de dépendance physique ou psychique et des efforts infructueux pour réduire ou stopper le comportement. Et les conséquences peuvent parfois être lourdes, que ce soit au niveau professionnel, financier ou même social. Peu importe le type de dépendance, le résultat est souvent le même. Conflits relationnels, endettement, perte de logement ou de travail, souffrance psychologique, isolement social ; voici quelques exemples des conséquences liées à cette maladie qu’est l’addiction. Car oui, il s’agit bien d’une maladie, même si cela n’a pas toujours été considéré comme tel.

 

«Je suis malade» de Lara Fabian

Cette chanson parle plutôt de dépendance affective qui, en soi, n’est pas reconnue comme une addiction mais plutôt considérée comme un trouble de la personnalité qui nous empêche de prendre une décision ou initier un projet sans l’appui ou l’approbation d’une tierce personne.

Le terme addiction est quelque peu différent, comme nous venons de le voir. Cependant, c’est un concept récent qui n’a pas toujours été pris en charge médicalement. Jusqu’à la première moitié du XIXe siècle, les troubles psychiatriques n’étaient pas considérés comme des maladies, mais comme des déviances comportementales. Les personnes dépendantes présentant des comportements hors norme étaient généralement considérées comme socialement dangereuses et isolées de la société via des mesures de justice. L’évolution de la compréhension des effets de certaines substances au cours des XIXe et XXe siècles et le développement de la psychiatrie en tant que science, ont accompagné la conceptualisation de la dépendance puis, à partir des années 80, de l’addiction.

 

«Alabama Song» des Doors

Une chanson sur l’alcool qui vous parle ? Ne cherchez plus, vous êtes alcoolisé à souhait, plus besoin de chercher ce fameux «whisky bar», un titre notamment repris par Jim Morrison. L’alcool fait des ravages et c’est le mal le plus courant qui touche les Suisses ; près de 21.6% de la population de plus de 15 ans présente une consommation à risques, c’est-à-dire avec risque d’addiction. Les médicaments, tels les anxiolytiques sont également considérés comme étant un problème auprès de plus de 150'000 personnes. Les addictions ne concernent pas une tranche d’âge particulière, mais chaque âge à ses risques. Ainsi, les jeunes sont plus facilement touchés par une certaine curiosité, les adultes par la marginalisation et les personnes âgées sont fortement concernées par les médicaments ou par les somnifères largement prescrits.

On fait aussi souvent la distinction entre les drogues dures telles que la cocaïne et les drogues douces comme le cannabis. Une distinction qui n’est d’ailleurs pas faite au niveau médical ; car bien que les opioïdes soient responsables de 80% des décès liés à la drogue, notamment par surdose, d’autres substances sont dangereuses alors qu’elles ne sont pas présentées comme des drogues. Ainsi, l’alcool est associé à une mortalité 5 à 10 fois supérieures, et que dire du tabac avec ses queles 10’000 morts par année en Suisse? L’un dans l’autre, quand on parle d’addiction on ne fait pas de distinction, les conséquences peuvent être catastrophiques d’un cas à l’autre.

 

«Le café» d’Oldelaf et Monsieur D

Certes, si cette chanson se moque des accros à la caféine, les paroles ne sont pas totalement à côté de la réalité. Qu’il s’agisse des «drogués» du café, de la télé, d’internet ou du travail, les addictions peuvent se cacher là où on les attend le moins. Si les conséquences sont moindres, elles sont tout de même présentes. Malheureusement, certains cas, comme les fous du travail ou du sport, sont socialement valorisés ; le problème est souvent masqué et non reconnu par l’entourage ou la personne elle-même. On ne peut alors pas à proprement parler d’une dépendance bien que, comme pour les addictions, ces mêmes cas sont liés à une souffrance psychique traitée par une drogue ou une activité qui procure une sensation de bien-être. Un peu comme boire pour oublier… La frontière est donc fine.

Concrètement, on compare l’addiction à une dépendance psychique et/ou physique. Toutes ne provoquent pas une dépendance physique, mais toutes peuvent entraîner une dépendance psychique. D’ailleurs, certains sevrages peuvent être dangereux pour la santé pouvant même parfois entraîner la mort et doivent donc être suivis médicalement et/ou se dérouler en milieu hospitalier.

 

«Kaya» de Bob Marley

Il y a une «drogue» qui paraît tout à fait anodine : la musique. Souvent liées à un plaisir, voire même à une passion, certaines musiques nous trottent parfois dans la tête des jours durant. Pourquoi comparer la musique à une addiction ? Car le cerveau, aussi complexe soit-il, libère des molécules comme la dopamine. Cette dernière est le neurotransmetteur de la mémorisation et de l’apprentissage et elle n’est pas directement responsable d’une certaine sensation de bien-être et de plaisir, mais elle nous permet d’apprendre et de se remémorer plus facilement les activités plaisantes.

Il s’agit, à la base, d’une hormone naturelle qui peut être augmentée de manière chimique. Par exemple, d’après certaines études, la dopamine est augmentée de 20 à 50% avec l’alcool, 200 à 500% avec la cocaïne et plus de 700% avec les amphétamines. Lors de la prise de substances, d’autres neurotransmetteurs sont aussi artificiellement libérés, comme la sérotonine et la noradrénaline, et participent à la sensation de plaisir. L’augmentation artificielle des neurotransmetteurs cérébraux perturbe donc les signaux de plaisirs et d’apprentissage des expériences, et, à la longue, la sensibilité à ces neurotransmetteurs diminue, ce qui entraîne les phénomènes de tolérance, c’est-à-dire la nécessité d’augmenter les doses pour retrouver l’effet, voire tout simplement pour ne pas se sentir mal.

Bien que, contrairement à ce que chante Bob Marley qui touche le ciel en consommant du cannabis, la musique augmenterait la dopamine de moins de 10% seulement. Difficile donc de catégoriser la musique comme un élément addictif. D’autant plus que la production de dopamine n’est pas nécessairement synonyme d’addiction. Toutefois, des neurobiologistes canadiens ont étudié ce phénomène et ont ainsi constaté deux événements cérébraux liés à l’écoute de la musique : lorsque les auditeurs anticipent leurs passages préférés, la dopamine est libérée dans une zone nommée noyau caudé. Cette structure cérébrale enregistre des associations entre certains gestes et des sensations, par exemple entre le fait de manger et celui d’être rassasié. Ainsi, elle permettrait à l’auditeur d’anticiper, dès les premières mesures, le plaisir qu’il ressentira au passage le plus poignant. Au moment fatidique où les auditeurs confient ressentir un frisson d’extase, la dopamine irrigue alors un autre centre nommé noyau accumbens, cible des drogues. Toujours selon ces chercheurs, les grands compositeurs savent préparer leur effet, distillant l’attente avec un art consommé : ils manipulent sans le savoir la production de dopamine dans le cerveau.

Bien entendu, cela est relatif et dépend des goûts de chaque personne et de la dimension émotionnelle et culturelle de certaines mélodies qui nous procurent des émotions ou, au contraire, nous révulsent. Notons également que cette sensation de plaisir n’est pas uniquement liée à la musique, mais à d’autres émotions intervenant en même temps comme se remémorer un souvenir, danser ou chanter tout en écoutant une chanson.

 

«Cold Turkey» de John Lennon

Terminons en musique avec ce titre qui fait référence au sevrage. Car, bien entendu, toute addiction n’est pas définitive et les moyens sont nombreux pour s’en sortir. Que l’on se fasse aider ou non par une tierce personne, plusieurs étapes sont incontournables pour se considérer comme sevré. Bien entendu, aujourd’hui, le sevrage n’est plus l’objectif absolu : le fait de contrôler son addiction, ou de pouvoir avoir une consommation à moindre risque peut être une étape préliminaire, voire en soi un objectif de traitement très satisfaisant.

Tout d’abord il faut comprendre, mettre le doigt sur le problème : passer du déni à l’acceptation et envisager de changer de comportement. Vient ensuite la mise en action : agir, mettre en pratique ces changements afin de diminuer ou arrêter ce qui crée la dépendance, avec ou sans mise en place d’un traitement. Le plus important est ensuite de maintenir ces changements dans le temps afin de pouvoir, finalement, «réparer» ce qui doit l’être : retrouver un travail, payer ses dettes, retisser un lien social, etc. Ce processus est individuel, mais une personne sevrée gardera toujours cette sensibilité face à ses démons et aura toujours plus de risques de replonger qu’un autre.

Alors, vous êtes plutôt thé, café, poudre blanche - et je ne parle pas de la neige qui recouvre la région – ou musique ? Bref, on en parle ?

 

Informations
Sources :
Clara Feteanu, psychiatre et cheffe de clinique au sein du Service de Psychiatrie Communautaire du CHUV

 

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