Avec la belle saison qui revient, c’est l’idéal pour prendre un peu de hauteur et y observer la faune faire sa vie. Que ce soit en montagne ou en forêt il n’est pas rare d’observer, de loin et même parfois de près, des chamois. Et si vous êtes un peu crédule, vous le confondrez peut-être avec notre mythique dahu.

Le chamois est l’un des emblèmes de nos montagnes. Il n’est pas rare de le voir suspendu à une crête, le regard fixe, comme s’il nous observait de loin. Contrairement à certaines idées reçues, cet animal vit également en forêt. Une même espèce, mais avec des mœurs différentes.

 

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Son observation

Le chamois est observable tout au long de l’année, mais c’est surtout en automne, plus précisément au mois d’octobre, durant la période de rut, que c’est le plus beau à voir. Il y a tout de même des moments où il ne faut pas le déranger ; en hiver, par exemple. Contrairement à son cousin le bouquetin qui, durant la période de neige, prend de l’altitude pour se nourrir entre autres de mousses sur les rochers, le chamois, lui, va descendre pour trouver sa nourriture. Cette période est particulièrement difficile : les mâles sortent du rut et ont donc durement ponctionné leurs réserves. Les femelles doivent développer leur futur cabri, alors que la nourriture se fait rare dû aux chutes de neige qui recouvrent l’herbe. Tout déplacement inutile est donc mauvais pour l’animal qui doit alors puiser dans ses réserves. Il ne faut donc pas l’approcher, pour ne pas l’effrayer durant cette saison. Après vient le printemps, là aussi il est plus difficile de l’observer ; au mois de mai il y a la mise bas et, durant cette période, la femelle va cacher ses petits dans les falaises afin de les protéger des prédateurs.

Pour les observer de près, il faut les comprendre ces chamois. C’est d’ailleurs applicable pour toutes les espèces. Une naturaliste de la région a régulièrement l’occasion de côtoyer toutes sortes d’animaux. «J’ai pu observer un groupe de chamois mâles se coucher juste devant moi. Les chamois ont, comme les marmottes, une sentinelle qui surveille le groupe. Pour les voir de près il y a deux mots d’ordre : le respect et la connaissance. Il faut respecter leur zone de confort, zone qui peut diminuer avec le temps, et bien analyser les signaux donnés par les animaux. Mais un animal qui se couche devant vous ou qui laisse ses petits entre lui et vous, c’est un signe de totale confiance», explique-t-elle.

 

Une vie rendue difficile par l’homme

Le chamois n’a pas la vie facile. Ce n’est pas le seul, bien sûr, mais entre les hivers rudes, les chasseurs et les maladies, il n’est pas très chanceux. Toujours en comparaison avec le bouquetin qui aurait été réintroduit dans nos contrées juste pour être chassé, le chamois, lui, a toujours été là, mais il est aussi l’une des nombreuses victimes de cette pratique. Il est également victime d’une maladie transmise par les moutons : la kératoconjonctivite, une infection qui peut rendre aveugle les chamois. Pour bien comprendre, à l’époque, les fermiers ne faisaient pas brouter leurs bêtes en montagne. Mais l’homme prenant toujours plus de place, aujourd’hui, les moutons détruisent le territoire des animaux sauvages et leur transmettent des maladies comme le piétin pour les bouquetins (maladie qui fait pourrir les sabots). Malheureusement il n’existe aucune restriction ; la loi, encore une fois, ne protège pas ces animaux.

 

Le dahu confondu avec le chamois

 

Découverte archéologique de fémurs gauche et droit de dahu sur le Sentier du Sel

Découverte par Sandrina Cirafici de deux fémurs - gauche et droit - d'un dahu)

 

Tout le monde a déjà entendu parler de la légende du dahu, cet animal sauvage imaginaire inventé pour se rire des personnes crédules. Ces différents contes et légendes qui, malgré leur âge, ne prennent pas une ride, ont toujours la cote aujourd’hui. Mais le dahu reste une histoire, une légende dont les origines sont difficiles à pointer du doigt. Certains disent que le dahu est une création de nos contrées chablaisiennes. Pourtant cet animal extraordinaire existe aussi dans d’autres régions de Suisse, en France, en Allemagne et même en Amérique : il prend alors différents noms, mais son histoire reste la même.

Il existe différentes façons de le chasser, mais on en revient toujours à la même conclusion : le crédule, investi par les «initiés», de la mission très valorisante de capturer l'animal, devait rester posté en contrebas d’une montagne avec un sac ouvert. Par la suite, chacun y a mis sa sauce. On faisait même croire aux enfants que s’ils n’étaient pas sages, le dahu viendrait les manger. Bref, c’est un peu notre Loch Ness à nous, personne ne l’a jamais vu, mais tout le monde en parle.

Certaines études essayent de trouver des explications plausibles, parlant même de la maladie osseuse de Paget, une sorte de cancer des os provoquant une hypertrophie de certains de leurs membres ; d’où des pattes plus courtes que d’autres. Certains affirment que cette maladie est une légende elle aussi. Bref, difficile de tirer le vrai du faux dans cette légende.

L’histoire prend pourtant vie avec l’association Cum Grano Salis : «mettre son grain de sel», en latin. Selon sa présidente, Sandrina Cirafici, une découverte archéologique attesterait de son existence : «j’ai trouvé deux fémurs de taille différente. Les os proviennent de la même bête», confie-t-elle. L’association se joue donc de cette «découverte» réalisée en plantant un poteau en mélèze destiné à supporter l’un des panneaux didactiques du Sentier du Sel. «Deux chasseurs, membres de l’association, traqueraient l’animal sur le Sentier du Sel, pour en faire du saucisson vendu à la boucherie Nicollier à Ollon. «Il s’agit d’une espèce rare, sa chasse se fait donc de manière parcimonieuse. Pour le chasser, il suffit de déposer du sel sur une pierre et d’attendre patiemment. Quand l’animal s’en approche, il faut l’appeler afin qu’il se retourne et perde l’équilibre. Nous vendons même un sel spécial avec de la moutarde afin de le faire éternuer», ajoute la présidente qui, selon elle, le dahu se serait adapté à nos montagnes, la raison pour laquelle deux de ses pattes seraient plus courtes. «Le Chablais peut donc s'enorgueillir d'être le haut lieu de la découverte archéologique d'un dahu, dont l'existence était jusqu'alors mise en doute par les scientifiques ! Et les gourmets peuvent y savourer le mythique «Saucisson de dahu», au goût sauvage et légèrement salé titillant agréablement les papilles droites (ou gauches - selon qu'il s'agisse d'un dahu dextrogyre ou sénestrogyre )», conlut Sandrina Cirafici.

Preuve encore que cette légende fait parler d’elle et dans le Chablais, en plus. Vérité ou non, à vous de décider. Dans tous les cas, ça reste une bonne blague à faire aux crédules.

 

Photo: Une naturaliste de la région et Sentier du Sel

 

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