L’aérodrome des Placettes est un incontournable de l’histoire de la Cité du sel. Connu dans toute la Suisse pour ses meetings, ce lieu emblématique a également accueilli de nombreuses personnalités, mais surtout des appareils extraordinaires. Attachez vos ceintures, nous allons décoller pour un vol unique retraçant les moments incontournables de ce lieu chargé d’histoire.

 

Les grandes dates

Tout a commencé en 1915, quand l’armée suisse a décidé de créer une station militaire avec un hangar pouvant abriter deux aéroplanes. C’est en 1919 que le premier meeting aérien est organisé par l’Union Instrumentale. Eh oui, plutôt original comme anecdote. D’ailleurs, à cette occasion, un avion de chasse NIEUPORT avait été envoyé par chemin de fer... rien que ça ! Pour mieux comprendre, ces avions sont considérés comme les premiers véritables chasseurs monoplaces qui ont servi durant la Première Guerre mondiale.

En 1924, un contrat est ratifié par le Département militaire fédéral. Il prévoit que la commune de Bex s’engage à constituer en faveur de la Confédération une servitude de superficie sur les parcelles de terrain d’une surface de 25 000 m2, sise au Commun des Placettes. La commune de Bex confère entre autres à la Confédération suisse le droit de construire un hangar d’aviation ainsi que deux tanks à benzine aux abords de celui-ci. Ce bâtiment existe toujours puisqu’il s’agit de l’actuel hangar du vol à voile. La place d’atterrissage des Placettes à donc été définitivement reconnue le 23 avril 1925.

En 1948, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’aviation reprenait un essor très attendu. Le hangar, libéré en octobre de la même année des 700 tonnes de munition qu’il abritait, fut mis à la disposition de l’aviation sportive par les autorités communales. Au début des années 1950, une dizaine de citoyens sont désireux de créer aux Placettes un centre touristique et sportif tendant à populariser l’aviation civile ; ils fondent donc l’Aéro-Club Plaine du Rhône (AéPR) ; ainsi, le 4 juin 1950 a lieu le meeting d’inauguration des Placettes. Finalement, le 16 août 1957, la commune de Bex renonce à son droit d’exploitation de l’aérodrome au bénéfice de l’AéPR, et un contrat est signé pour la location de l’aérodrome des Placettes. L’année suivante, l’AéPR, sous-section de la section vaudoise, devient une section autonome de l’Aéro-Club de Suisse. Finalement, en 1960 s’est constituée une société coopérative qui a pris le nom de Club d’Aviation des Placettes (CAP), chargée de la construction et de l’entretien des hangars ainsi que d’acquérir un matériel volant et l’exploiter en collaborations avec l’AéPR. Avec les années, divers groupement ce sont associés dont l’aéromodélisme (1952), le vol à voile (1961), le vol à moteur (1973), l’hélicoptère (2001) et le parachutisme (2011). Depuis 2011, le CAP et l’AéPR ont fusionné pour créer une seule entité : AeroBex.

 

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Dessins de divers engins réalisés
par Gérard De Bernardis situé à l’aérodrome
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Les portes-ouvertes organisées le 3 septembre dernier

 

Le Spitfire, emblème des meetings bellerins

Ce qui fait la réputation de ce petit aérodrome somme toute banal, ce sont les incroyables meetings organisés. Alors que le premier a lieu en 1919, il aura fallu attendre plus de 50 ans pour avoir l’honneur de voir les plus beaux appareils survoler le ciel de Bex : «Il était une fois, quelques pilotes de plaisance, discutant le bout de fondue autour d’un déci de blanc, sous la tonnelle de la cantine du terrain de Bex. C’était il y a longtemps et les discuteurs évoquaient la possibilité de monter un meeting aérien sur leur superbe bout de gazon. Mais il fallait que ce soit mémorable, exceptionnel...», peut-on lire sur un dossier écrit par Toni Küpfer. Pour faire de ce meeting une journée mémorable, un membre du club, Philippe William, suggère d’inviter un des chasseurs les plus connus de la Seconde Guerre mondiale : un Spitfire. Il s’agit de l’un des chasseurs monoplaces les plus utilisés par la RAF et par les Alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Il donna lieu à une diversification et à une multiplicité de versions jamais atteinte auparavant dans l'histoire de l'aviation. Mais faire venir un tel engin à Bex n’était pas une mince affaire. «A l’époque, personne sur le continent n’avait encore pensé à embaucher un Spitfire pour un meeting. D’ailleurs, il n’en existait que trois ou quatre en état de vol et ils se trouvaient en Angleterre», ajoute Toni Küpfer, qui, avec Christian Maire, se lancèrent sur la piste de cet engin légendaire. Ils dépensèrent une fortune en téléphone, puis traversèrent le Channel et parcoururent l’Anglette à la recherche d’un Spit voulant bien venir jusqu’en Suisse pour seulement Fr. 15 000.- Un défi relevé avec brio, puisque, lors du meeting de 1976, leur chasseur était en route, suivi à la trace par les contrôleurs de Genève - Cointrin. Il fit quelques tours de piste et se posa simplement sur le gazon. Non seulement le public a pu voir de près un Spit, mais également son pilote : Neil Williams, un célèbre pilote de voltige né en 1934 au Canada et mort seulement un an après sa démonstration de 1976.

Le meeting eut donc un énorme succès, à tel point que les années suivantes les organisateurs renouvelèrent l’exploit, et, à chaque fois, le Spitfire MH434, fit le voyage et devint l’avion mascotte de Bex. En 1987, les meetings cessèrent. Il ne se passa plus rien jusqu’en 1998 ; d’ailleurs, le premier avion engagé cette année-là fut bien évidemment le Spitfire MH434. Il faudra attendre encore jusqu’en 2007 pour que Bex revive un nouveau meeting, puis en 2015 a eu lieu le dernier en date : un meeting de modèles réduits cette fois-ci.

 

Les plus beaux avions à Bex !

Bex est devenue célèbre grâce notamment au Spitfire, mais pas que. En plus du Spitfire, de nombreux engins ont pris part lors des différents meetings, comme le Blériot, l’un des premiers avions d’ailleurs employés lors de la Première Guerre mondiale, ou encore le Harrier, un avion de combat capable de décoller et d’atterrir verticalement. D’ailleurs, un Harrier s’est posé sans encombre sur la piste de Bex, en revanche, lors du décollage, l’avion a fait littéralement se décoller le goudron servant de piste.

Mais ce ne sont pas les seules perles de l’aéronautique qui ont traversé le ciel bellerin, un Concorde aurait dû être le clou du spectacle lors du meeting de 1983. En effet, à l’époque, la compagnie Air France avait été sollicitée pour faire une présentation du Concorde. Après deux séances à Charles De Gaulle avec le chef pilote, le commandant Jacob, un accord est trouvé et le prix est fixé à Fr. 75 000.-. Cependant, peu de temps avant le meeting, le pilote, qui venait de faire des repérages, appelle les organisateurs. Il s’avère qu’il n’avait jamais volé dans une vallée et qu’un vol avec le nez abaissé nécessiterait certainement l’allumage du post combustion, ce qui provoquerait un niveau sonore terrible, nuisible pour le bétail. L’idée du Concorde est donc annulée, mais tout de même remplacée par un Transall de l’armée de l’air (un avion de transport militaire).

Autre anecdote sympathique : Il y a une quinzaine d’année, les Blue Angels, la patrouille la plus connue des Etats-Unis et qui vole sur des F18, désiraient participer à l’un des meetings de Bex. Une demi douzaine de responsables ont fait le déplacement, mais leur démonstration fut annulée car la Dent de Midi gênait : ils devaient refaire leur programme de vol et le temps manquait.

Dans un autre registre, certains avions n’ont pas pu se poser à Bex, d’autres ont carrément été déposés comme ce fut le cas en 1985 avec un Venom J 1627 pendu sous un Chinook RAF, un hélicoptère de transport lourd.

 

Les personnalités qui ont foulé l’aérodrome

Quand on parle de l’aérodrome de Bex, on ne peut que penser aux personnalités qui ont foulé la piste et elles sont nombreuses. Commençons par Geoffrey Page qui travailla avec son oncle, le célèbre constructeur d’avions, sir Frederick Handley Page avant de se faire engager à la RAF durant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, il préside la branche suisse de la Royal Air Force Association à Genève. D’autres noms sont à relever, même si nous ne pourrons pas tous les citer en voici quelques-uns : Henri Dufaux, pionnier de l’aviation. Durant le meeting de 1978, alors âgé de 99 ans, il est venu inspecter un Harrier. Claude Nicollier, cosmonaute et membre fondateur du GVMC. Le Conseiller Fédéral Pascal Couchepin. Bertrand Piccard, 1er tour du monde en ballon et participant au meeting de 1978 en Aile Delta. Emile Devoitine, créateur de l’Aérospatiale à Toulouse. Les anciens de l’escadrille Normandie - Niemen : Albert Mirlesse (organisateur), général Joseph Risso (pionnier), Jacques De Saint-Phalle et Pierre Lorillon. L’homme volant : Kennie Gibson de Los Angeles, pour une démonstration faite à Bex en 1985. Notons également la présence du président Carter.

Les meetings de Bex auront permis de fabuleuses rencontres et parfois même des rencontres improbables comme ce fut le cas en 1980. Une photo d’archive témoigne d’une rencontre à la Buvette de l’Aérodrome entre Adolf Galland, pilote qui reçut les plus hautes décorations allemandes durant la Seconde Guerre mondiale, Pierre Clostermann, aviateur français et Johnny Johnson, le pilote qui a abattu le plus grand nombre d’Allemands lors de la Bataille d’Angleterre.

D’ailleurs, l’un des hangars de l’aérodrome de Bex témoigne de la célébrité de ce lieu avec des dessins de divers engins réalisés par Gérard De Bernardis et signés par quelques-unes des personnalités citées.

 

Un peu de poésie

Voici un texte de Bernard Chabbert, journaliste et auteur français, qui résume parfaitement l’aérodrome de Bex, sa vie, son histoire :

«Bordé de lignes électriques, d’un côté, de champs de blé de l’autre, le petit aérodrome des Placettes, à Bex, rappelle ces images d’Epinal de nos grands-parents. Ses hangars en bois et sa piste en herbe, digne des meilleures montagnes russes, sont une invitation aux pilotes à venir s’y reposer, après le stress d’un grand aéroport international. Lorsque vous pénétrez dans la petite buvette, vous vous y sentez tout de suite à l’aise, presque comme si vous étiez un vieil ami de la famille. Bex tient une place à part dans l’agenda des passionnés d’aviation. Chaque fois qu’ils organisent un meeting aérien, les membres de l’aéro-club en font un rendez-vous à ne pas manquer. Le public ne s’y trompe pas et à fait de Bex son «Woodstock» aéronautique, grâce à un esprit bon enfant et une atmosphère particulièrement conviviale. Là-bas, après leur démonstration, les pilotes s’asseyent volontiers à votre table pour vous raconter, autour d’un plat de cuisine régionale, leurs derniers faits d’armes. Les plus grandes patrouilles acrobatiques internationales sont là et y sont fidèles depuis la création du meeting.

 

Les journées portes ouvertes

Afin de réunir la population chablaisienne et même d’ailleurs, des portes ouvertes sont organisées depuis 2008. Ce rendez-vous annuel est toujours autant attendu ; c’est l’occasion de présenter tous les groupements présents sur l’aérodrome, de rester au sol pour apprécier les nombreux avions et hélicoptères qui survolent la zone ou même de grimper dans l’un de ces engins pour apprécier la région depuis les airs. En attendant la prochaine rencontre avec AeroBex, un livre de Robert Kipfer, intitulé «Bex L’aventure des Grands Meetings 1998 - 2007», est à découvrir.

 

Informations
Pour commander le livre :
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Photo: Zoé Gallarotti