Avec l’arrivée du printemps, les mois d’avril et mai sont la période propice pour observer les papillons. Ce mois-ci nous nous intéressons à un papillon bien particulier : la Hachette (Aglia tau). Retour sur cet animal qui ne vit pas plus de quelques jours une fois qu’il a émergé.

«La hachette fait partie des Saturnidés qui compte environ 1300 espèces réparties sur tout le globe. Les Saturnidés sont les plus grands de tous les insectes du point de vue de la surface alaire», nous apprend Paul-André Pichard qui étudie et photographie les papillons depuis une dizaine d’années. «En Europe centrale et du sud il ne reste qu’une dizaine d’espèces dont quatre sont recensées en Suisse romande : le Grand et le Petit paon de nuit ainsi que l’Isabelle et bien sûr la Hachette», ajoute-t-il.

 

La Hachette-Aglia tau

 

Son apparence

On dit généralement que l’on peut distinguer une espèce d’une autre grâce à ses couleurs. C’est le cas de la hachette dont les mâles sont d’une couleur brun orangé. Cette espèce comprend également une paire d’ocelles sur chacune de ses ailes ; il s’agit de petites taches rondes, en l’occurrence bleues et ressemblant à des yeux. La couleur et les ocelles de la hachette servent de défenses contre les prédateurs de cet insecte. En effet, le rouge étant souvent synonyme de poison et les ocelles ressemblant à des yeux d’oiseaux permettent de tromper l’ennemi. Les couleurs des papillons nous en apprennent donc beaucoup, mais il ne faut pas se méprendre, ces couleurs peuvent varier en fonction de quelle région du monde l’espèce se trouve.

 

Les mâles, plutôt diurnes et crépusculaires, peuvent se distinguer des femelles, qui sont plutôt nocturnes, de par leurs antennes. Chez les mâles, elles sont brunes foncées, bipectinées comme de très longs peignes doubles et élargies en forme de feuille de laurier, tandis que celles des femelles sont plus discrètes et à double pectination très brève. «Chez les Saturnidés, l’olfaction joue un rôle prépondérant dans la recherche de détection des femelles. Les sensilles olfactives (récepteurs) étant situées sur les antennes du mâle, d’où le développement important de ces dernières», explique Paul-André Pichard. Autre originalité, son nom a été inspiré par la forme du dessin blanc ornant le centre des ocelles alaires. Tandis que les uns y ont vu la lettre «T» en grec, d’autres y ont vu la forme d’une hachette.

 

Chenille de La Hachette

 

De l’œuf au papillon

Tout d’abord, ce qu’il faut savoir sur la hachette c’est qu’il s’agit d’une espèce univoltine, c’est-à-dire que le cycle de vie ne comprend qu’une seule génération par an, c’est pourquoi cette espèce ne comporte pas énormément de spécimens. Les œufs sont généralement pondus début avril et évolueront une dizaine de jours avant d’éclore et d’en laisser s’échapper une petite chenille. À l’éclosion, les chenilles se dispersent afin de s’installer sur la nervure médiane de la face inférieure d’une feuille. C’est une période importante pour la chenille qui va devoir se créer une réserve de nourriture, car les imagos, le stade après la larve et caractérisé par le développement des ailes, ne peuvent pas se nourrir et vivent donc sur les réserves accumulées.

 

Au cour de leurs quatre mues successives, les chenilles sont avant tout visibles aux abords de sous-bois, notamment dans des hêtraies. Mais on peut également les observer dans le tilleul, le chêne, le bouleau verruqueux, l’aulne et le cornouiller sanguin. Les mues de la chenille durent environ trois semaines. Cette dernière se transforme ensuite en chrysalide, le dernier stade avant que le papillon ne devienne papillon. La chrysalide va rester jusqu’au printemps prochain à l’abri dans son cocon, enfouies sous les feuilles mortes ou dans l’humus meuble au pied des arbres avant d’émerger et prendre son envol. Certaines autres espèces de papillons mettent jusqu’à plusieurs années avant d’émerger. Un véritable parcours du combattant, notamment quand on sait qu’un papillon ne vit que quelques semaines, même jours dans le cas de la hachette ; une femelle meurt d’ailleurs seulement quelques heures après avoir été fécondée et avoir déposé ses œufs. «Le papillon, c’est une chenille à la retraite», image Paul-André Pichard avant d’ajouter : «Il est là pour perpétuer l’espèce.»

 

Comme déjà précisé, la hachette est donc principalement observable dans les hêtraies. Dans la région il n’est pas rare d’en voir voler dès la première quinzaine d’avril. La région du Bouillet est propice à l’observation de cette espèce ainsi qu’au bord de la Grande-Eau.

 

Informations :

Pour découvrir et photographier ce papillon :

Paul-André Pichard

078 807 12 40

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Photo: P-A. Pichard