Jean Szilasi et sa femme Leila Haberra tiennent la buvette du FC Bex depuis une quinzaine d’années. Pas toujours évident de tenir le rythme effréné de cette société qui compte dix équipes et dont une onzième à vu le jour cette année; présentation de deux personnages très attachants.

 

Jean et Leila devant une photo de l’ancienne première ligue du FC Bex

 

A la buvette...

Si vous suivez les équipes bellerines de football, vous les aurez certainement aperçus aux abords des terrains, à la buvette. Présents à tous les matchs des onze équipes, ils tiennent leur rôle pratiquement tous les week-ends de mars à juin et d’août à novembre. «Nous couvrons parfois jusqu’à cinq matchs dans la même journée», explique Leila. Jean et Leila tiennent la buvette, pendant et en dehors des matchs, en l’entretenant, mais préparent également l’accueil des joueurs, dont leurs petits bobos sont parfois soignés par Leila, des entraîneurs et des arbitres en nettoyant les vestiaires. Pas toujours évident quand on sait que les lieux sont en mauvais état, et, notamment, pas étanches. «Lorsqu’il pleut, je dois venir le lendemain pour nettoyer les dégâts faits par l’eau, tout est inondé», nous apprend Leila. Malgré une demande de rénovation envoyée à la commune par le comité du FC Bex, cela fait plusieurs années que le couple attend. «Ça devient pourtant important car c’est insalubre, même les vestiaires méritent une remise à neuf», ajoute-t-elle. En effet, si la buvette a été agrandie par des bénévoles il y a de nombreuses années, depuis, plus rien n’a été modifié ou rénové, à tel point que les douches pour les joueurs de Bex et les visiteurs sont communes. «Nous n’avons jamais vu ça, d’autant plus que le vestiaire des visiteurs est beaucoup trop petit», assure le couple. Le bâtiment étant en bois, cela pompe l’humidité et tout est abîmé, les plinthes, par exemple, sont pourries. Etonnant quand on voit la qualité des terrains, les meilleurs du canton, selon le couple qui doit également faire face à des personnes, sans doute des jeunes, sans aucun scrupule. «Nous avons été volés à de nombreuses reprises. Ils cassent les vitres et entrent. Rien qu’en printemps c’est arrivé trois fois dans le même mois. Certains balancent même des rouleaux entiers de papier de toilette dans les WC et ça bouche tout. Il y a beaucoup de déprédations volontaires des jeunes, ça me navre, c’est honteux car on devrait se comporter ailleurs comme on se comporte chez soi», confie Leila qui précise que ces dégâts coûtent de l’argent au club. Le couple à donc de quoi être remonté concernant ces déprédations commises par des jeunes car les ados ça les connaît; cela fait plus de vingt ans qu’ils sont famille d’accueil.

 

Famille d’accueil

«Un jour, il y a une vingtaine d’années, on mangeait chez une amie. Sa nièce, qui était responsable de l’OPE (Office pour la protection de l’enfant) cherchait un foyer pouvant accueillir deux jeunes sœurs. C’est ainsi que nous avons commencé à accueillir des enfants chez nous», se rappelle Leila avant d’ajouter: «Quand on est placé, on ne sait pas sur qui on va tomber. Tous les jeunes ont droit à être entendus et écoutés. Il faut seulement savoir ouvrir son cœur et sa porte.» Si le couple s’est essentiellement occupé d’adolescents, jusqu’à deux en même temps, il lui est arrivé une fois d’accueillir une mère et son nourrisson. «C’est toujours une belle aventure, il est arrivé une fois que l’on réunisse deux frères séparés dans deux familles d’accueil; ce n’était pas de notre responsabilité, mais, pour nous, cela allait de soi. Cependant, ce n’est pas toujours évident de les voir ensuite partir. On s’y attache. Mais nous avons gardé contact avec certains», exprime le couple.

 

Une aventure extraordinaire

Un travail extraordinaire fourni sans relâche par Jean et Leila. Une aventure incroyable qui ne tient qu’à un fil... En effet, c’est toute une série d’événements qui les ont amenés jusqu’à cette buvette bellerine. Commençons par le début; retour dans les années 1970, époque durant laquelle Leila, alors âgée de 25 ans, vivant en Algérie et travaillant dans l’enseignement primaire, a décidé de partir à Paris pour y entamer des études supérieures en science économique et sociale. C’est donc en France qu’elle rencontre Jean, travaillant dans la chimie métallurgie dans le Bassin de Longwy. «Vivant en Belgique, je travaillais en France», explique-t-il. En 1977, ils se marient et emménagent, ensemble, en Belgique. Deux ans plus tard, ils partent en voyage en Suisse. «Ce n’était que des vacances mais nous ne sommes jamais rentrés. Je lisais le journal quand j’ai vu qu’un restaurant faisait le couscous. Nous sommes allés le goûter, mais ce dernier était moyen. J’ai donc donné ma recette du couscous, en échange, Jean a été engagé comme cuisinier. C’est grâce au couscous qu’on est restés en Suisse», se souvient le couple.

 

Aujourd’hui, Jean et Leila profitent d’une retraite bien méritée qu’ils mettent au service tant du FC Bex qu’aux nombreux jeunes passant chez eux. Pour les rencontrer rendez-vous jour de match à la buvette, ils vous accueilleront comme il se doit!

 

Photo: Zoé Gallarotti