Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours «kiffé» ma langue maternelle. À l'école déjà, j'applaudissais intérieurement à l'annonce d'une rédaction ou d'une étude de texte. Découvrir de nouveaux mots, plonger dans l'univers d'un écrivain ou coucher sur le papier mes idées me galvanisait bien plus qu'une séance de sport (je n'ai jamais réussi à grimper ces foutues perches). Certes le français est difficile, truffé d'exceptions grammaticales et son orthographe est à en perdre son latin mais il est synonyme de culture, d'art et d'élégance. Si on s'aventure au-delà des notions scolaires et rébarbatives, on le découvre passionnant, surprenant, enrichi par son histoire, ses patois et ses auteurs. Parfois, il va piocher chez ses voisins étrangers des sonorités et des expressions qu'il francise au gré des époques et des modes. Il n'a pas son pareil pour parler d'amour, de bonne chère et d'amitié. Espiègle dans ses idiotismes, il est aussi un casse-tête pour les étrangers. Alors que nous sommes dans une société où la communication est au centre de nos préoccupations, notre vocabulaire s'appauvrit et la justesse de notre orthographe doit son salut au logiciel de correction de notre smartphone. J'admets qu'il est plus facile de déléguer à «mon ami Google» la bonne orthographe du mot «immarcescible» que de le chercher dans le dictionnaire mais doit-on pour autant laisser la technologie prendre le pas sur nos connaissances et nous pousser à la paresse intellectuelle ?

Loin de moi d'idée de véhiculer sur un ton moralisateur des idées dépassées, mais ce désintérêt flagrant pour les mots et leur emploi m'afflige et m'attriste. Mes coups de gueule comme mes prises de position sont rares mais je m'autorise pour une fois à interpeller les autorités compétentes en matière d'éducation. Au fil des ans, je me suis aperçue que les feuilles explicatives et les brochures pré-remplies avaient remplacé les cahiers noircis d'encre et que les livres prenaient de moins en moins de place dans les cartables. Le rôle de l'école est de permettre à chaque enfant d'accéder à la connaissance en lui transmettant certains outils dont il fera usage ou non par la suite. Avant même de penser au cursus qu'il empruntera, au métier qu'il choisira, il se doit de maîtriser le français, de le comprendre et de l'écrire. Nul besoin de plancher un semestre entier sur l'œuvre de Zola ni même de réciter par cœur du Verlaine mais simplement de leur démontrer que les mots sont des passeports vers une certaine forme de liberté. Transmettre le goût de lire et d'écrire, c'est donner des armes pour se défendre, la faculté de s'évader et l'envie de s'affirmer.

 

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